Le Rapport UNICEF sur l’excision dans le monde est ENFIN disponible en Français !


Merci à Excision, parlons-en ! #stopalexcision

Commençons l’année 2015 avec une excellente nouvelle: le bilan statistique de l’UNICEF sur les mutilations sexuelles féminines dans le monde est disponible en français!

Retrouver le lien vers ce rapport inédit sur le site de la Mobilisation Excision, parlons-en ainsi que le « 3 questions à » Carole VIGNAUD, responsable des programmes et du plaidoyer international chez UNICEF France.

http://www.excisionparlonsen.org/unicef-le-rapport-mondial-sur-lexcision-desormais-disponible-en-francais/

« Accélérer les efforts » contre l’excision et les mariages forcés précoces


700 millions de femmes dans le monde ont été mariées avant leurs 18 ans, 130 millions excisées. Les progrès enregistrés ces 30 dernières années sont insuffisants.


Faire disparaître les mariages de mineures et les mutilations génitales féminines en l’espace d’une génération. C’est l’objectif affiché au premier ‘Girl Summit’, « sommet des filles » qui s’est tenu mardi 22 juillet à Londres.

Le Royaume-Uni lui-même a été contraint d’ouvrir les yeux sur l’excision. Selon un rapport d’experts dévoilé lundi 21 juillet, 137 000 femmes et filles vivant en Angleterre et au Pays de Galles sont excisées. C’est deux fois plus que les précédentes estimations. Il s’agit de personnes ayant quitté des pays où la pratique est courante. Et à leur tour 60 000 filles nées sur le sol britannique risquent de subir une mutilation génitale féminine (MGF).

Le mois dernier, un rapport parlementaire qualifiait l’attitude du gouvernement face à l’excision de « scandale national » et appelant à un plan d’action. Avec une réponse judiciaire plus ferme, des milliers de mutilations auraient pu être évitées, soulignait le rapport. Bien que l’excision soit illégale depuis 1985 au Royaume-Uni, le premier procès n’a eu lieu que cette année. Au ‘Girl Summit’, le Premier ministre David Cameron a annoncé un renforcement des mesures judiciaires – incluant notamment des poursuites contre les parents responsables.

Signaux encourageants

A l’échelle internationale, les ONG et États participants se sont engagés à faire de la lutte contre les mutilations génitales féminines et les mariages précoces une priorité, promesses financières à l’appui.

Aujourd’hui dans les 29 pays où la pratique est courante – en Afrique et au Moyen Orient -, plus de 130 millions de filles et de femmes ont subi une forme de mutilation génitale.

VOIR :
L’exposition interactive :« Too young to wed », (« Trop jeunes pour le mariage »), qui s’appuie en particulier sur les photos de Stephanie Sinclair.
Un blog instagram vient par ailleurs d’être créé.

Elles sont plus de 700 millions à avoir été mariées avant leurs 18 ans, et plus d’un tiers d’entre elles avant même leurs 15 ans(Voir la carte de l’ONG Girls Not Brides).

Il existe certes des signaux encourageants. « Aujourd’hui, une adolescente a environ un tiers de risque en moins de subir une excision qu’il y a 30 ans », relève l’UNICEF, le fonds des Nations Unies pour l’enfance, ce 22 juillet. Si 90% des femmes et des filles sont concernées en Égypte, le premier procès de l’excision vient de se tenir dans le pays. Le Yémen envisage enfin d’interdire les MGF et le mariage avant 18 ans.

La croissance de la population contrebalance les progrès

Les progrès sont dus aux évolutions législatives mais aussi à l’engagement des communautés – et notamment des hommes, voir cet exemple au Kenya. Toutefois, changer les mentalités est un travail difficile, note l’UNICEF : « De récentes données montrent que la majorité des personnes dans les pays où les MGF sont pratiquées pensent qu’elles doivent cesser, mais continuent pourtant de contraindre leurs filles à subir la pratique, à cause des fortes pressions sociales ».

Et « les chiffres nous disent qu’il faut accélérer nos efforts », avertit le Directeur exécutif de l’UNICEF Anthony Lake. Tout simplement parce la croissance de la population dans les pays concernés contrebalance les progrès : si les taux de déclin observés ces trois dernières décennies se maintiennent, plus de 63 millions de filles seront encore excisées d’ici à 2050, estime l’UNICEF. Et le nombre de femmes qui ont été mariées avant leur majorité (plus de 700 millions aujourd’hui) restera stable. Sans compter que les conflits pèsent sur ces situations, comme c’est le cas aujourd’hui en Syrie. (Voir encadré ci-dessous)

Les filles qui ont accès à l’éducation secondaire sont six fois moins susceptibles d’être mariées avant 18 ans

La déclaration adoptée en mars dernier à l’issue de la 58ème Commission de la condition du statut de la femme à l’ONU appelle clairement à la fin des mutilations génitales féminines et des mariages précoces (Voir aussi : Première internationale pour dire non à l’excision).

Et ce sont les actions de terrain qui feront avancer les choses. En particulier l’accès à l’éducation. Une statistique est particulièrement parlante, comme le relevait le Fonds mondial de l’ONU pour la population (UNFPA) le 11 octobre 2012, à l’occasion de la première « journée internationale des filles »  : les filles qui ont accès à l’éducation secondaire sont six fois moins susceptibles d’être mariées avant 18 ans.

Autre conséquence de la guerre en Syrie

Selon un rapport de l’Unicef dévoilé le 16 juillet, 13% des mariages contractés en Jordanie en 2013 concernaient une fille de moins de 18 ans. Un chiffre en hausse, en raison de l’envolée des mariages précoces parmi les réfugiées syriennes dans le pays : en 2012, une mariée sur 5 avait moins de 18 ans, une sur 4 en 2013 et une sur 3 au premier trimestre de cette année. « Bien que les mariages précoces n’étaient pas courants dans la Syrie d’avant-guerre, les migrations, la pauvreté et l’absence de possibilités d’éducation sont des facteurs aggravants », notait l’Unicef.

Source : http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/civilisation-categorie/3804-girls-summit-excision-mariages-precoces?utm_source=Abonn%C3%A9s+Newsletter&utm_campaign=bf69e9fc24-Club6_21_2013&utm_medium=email&utm_term=0_77e3d16605-bf69e9fc24-49936641

Sommet mondial contre les mutilations sexuelles féminines et les mariages précoces forcés


De jeunes femmes, le jour de leur mariage en IndeDe jeunes promises lors d’une cérémonie célébrant plusieurs unions à New Delhi, en Inde, en mars 2014  Photo :  Reuters/Anindito Mukherjee

La communauté internationale se mobilise pour mettre fin aux mariages précoces et forcés, ainsi qu’aux mutilations génitales. Un sommet sur ces sujets se tiendra à Londres, mardi.

L’UNICEF, qui co-organise le Sommet international de la fille 2014 avec le gouvernement du Royaume-Uni, souhaite éradiquer ces deux pratiques en une génération.

Plus de 125 millions de femmes ont souffert de certaines formes de mutilations génitales dans les 29 pays où elles sont le plus pratiquées. Des progrès ont été notés au cours des dernières années en Irak, au Libéria et au Nigéria, mais la prévalence des mutilations demeure inquiétante en Égypte, au Soudan, en Somalie et au Mali, soutient l’agence.

Pays où les mutilations génitales sont le plus pratiquées, selon l’UNICEF :

Somalie, Guinée, Djibouti, Égypte, Érythrée, Mali, Sierra Leone, Soudan, Burkina Faso, Gambie, Éthiopie, Mauritanie, Libéria, Guinée-Bissau, Tchad, Côte d’Ivoire, Kenya, Nigéria, Sénégal, Tanzanie, Yémen, République centrafricaine, Bénin, Iraq, Ghana, Togo, Niger, Cameroun, Ouganda.

L’UNICEF estime par ailleurs à plus de 700 millions le nombre de filles mariées avant l’âge de 18 ans. C’est en Afrique subsaharienne ainsi qu’en Asie du Sud, surtout en Inde, où l’on en retrouve le plus. La pauvreté est intimement liée au mariage précoce dans ce pays. Alors que les filles issues de milieux mieux nantis se marient en moyenne à 20 ans, celles des milieux les plus pauvres scellent leur union autour de 15 ans.

« Les filles qui se marient avant l’âge de 18 ans ont moins de chance de poursuivre leurs études et sont plus vulnérables à la violence domestique », estime l’UNICEF.

De plus, tomber enceinte avant l’âge de 18 ans expose les jeunes mères à plus de risques de complication pendant la grossesse et lors de l’accouchement. Elles sont plus susceptibles d’avoir des enfants mort-nés ou qui ne survivent pas à leur première année.

« Le mariage d’enfants est un problème mondial qui exige une action concertée de tous les pays, a déclaré le ministre canadien des Affaires étrangères John Baird, qui prendra part au sommet. Son élimination donnera aux femmes et aux filles l’autonomie dont elles ont besoin pour contribuer au développement et à la prospérité de leurs collectivités. »

Plus tôt ce mois-ci, le ministre Baird a annoncé que le Canada verserait 20 millions de dollars sur deux ans à l’UNICEF afin de contribuer aux efforts visant à mettre fin aux mariages précoces et forcés au Bangladesh, au Burkina Faso, en Éthiopie, au Ghana, au Yémen et en Zambie.

Source : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international/2014/07/21/015-sommet-fille-londres-onu-mariage-mutilation.shtml
Mise à jour le lundi 21 juillet 2014 à 23 h 20 HAE
Radio-Canada avec Associated Press

« Guide pour la mise en oeuvre de la Convention internationale des droits de l’enfant à partir de l’approche de genre » par Adéquations


Un très bel outil d’une association partenaire !
La nouvelle publication d’Adéquations « Guide pour la mise en oeuvre de la Convention internationale des droits de l’enfant à partir de l’approche de genre » est parue.
Présentation et téléchargement en pdf :http://www.adequations.org/spip.php?article2142

Le « Guide pour la mise en œuvre de la Convention internationale des droits de l’enfant à partir de l’approche de genre » a pour vocation de mettre en évidence que l’éducation non sexiste, l’égalité entre les femmes et les hommes et l’éradication des violences fondées sur le genre sont des conditions incontournables à l’exercice des droits de l’enfant. Outil de réflexion, de formation et de plaidoyer, il invite à établir des diagnostics sexués pour vingt-sept des articles de la Convention, de sorte que les actions et politiques visant la protection et l’amélioration des conditions de vie des enfants profitent bien à toutes et à tous, filles comme garçons.
Ce guide s’adresse à un large public : défenseur-es des droits des enfant et/ou de l’égalité femmes -hommes, intervenant-es dans les champs de l’éducation à la citoyenneté, au développement et à la paix, élu-es et agent-es de la fonction publique en charge de différents domaines d’actions tels que l’éducation, la protection de l’enfance, la santé, la culture, le sport, les loisirs, la formation professionnelle, la politique de la ville, la coopération décentralisée etc.
Pour « aller plus loin » et répondre aux besoins de ces publics dans leur diversité, de nombreuses ressources – documentations, outils de prévention et références législatives – figurent dans les annexes de l’ouvrage.

Journée Internationale Tolérance 0 aux Mutilations Sexuelles Féminines


Vous n’avez pas pu être présent-e au Colloque « Excision, les défis de l’abandon », avec nos partenaires de la mobilisation « Excision, parlons-en ! »

Retrouvez ci-dessous, les moments forts de la journée, grâce au site Terriennes de TV5 Monde :

Ce jeudi 6 février marque la Journée internationale de lutte contre l’excision et les mutilations sexuelles féminines. Les actrices et les acteurs en faveur de l’abandon de ces mutilations se réunissent aujourd’hui à Paris à l’appel du collectif « Excisions, parlons-en  » ! Suivez en direct ces rencontres et débats.

Excision, parlons-en ! « Les défis de l’abandon » – 6 février 2014 – Paris


En partenariat avec la Mobilisation Excision, parlons-en, dont la Fédération nationale  GAMS est co-fondatrice, nous organisons le 6 février prochain , au Ministère des Affaires Etrangères, un Colloque intitulé « L’excision, les défis de l’abandon », retrouvez toutes les informations sur le site internet d’Excision, parlons-en !

http://www.excisionparlonsen.org/Agenda/colloque-excision-les-defis-de-labandon/

Pour vous inscrire, envoyez un courriel à l’adresse suivante :  inscription@excisionparlonsen.org

Au plaisir de vous y retrouver nombreuses et nombreux !

Dans le secret du Khatana ou la fin d’une mutilation au Kurdistan Irakien


Dans le secret du Khatana (1) ou la fin d’une mutilation au Kurdistan

Le Kurdistan, c’est l’une des rares success story de l’Irak : autonome vis-à-vis de Bagdad depuis 1991, cette région bénéficie depuis peu du boom pétrolier qui attire les investissements étrangers, une situation inédite dans le pays.

Dernièrement, le Kurdistan irakien s’est penché sur la question du respect des droits de l’homme. Voilà deux ans maintenant que les Mutilations Génitales Féminines (MGF) ont été interdites avec l’introduction d’une loi globale visant à améliorer le droits des femmes et depuis, le nombre de MGF a baissé de façon drastique.

Mais comment cela a-t-il été rendu possible ? Le Kurdistan fait plutôt figure d’exception. En effet, le nombre de MGF est encore très élevé dans beaucoup d’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique. Selon l’UNICEF, les pays où la pratique des MGF est la plus répandue sont la Somalie et la Guinée. L’Égypte, quant à elle, compte parmi les cinq premiers pays de la liste. Cependant, toujours d’après l’UNICEF, cette pratique est « presque inexistante » dans le reste de l’Irak.

Dans un reportage spécial de la BBC, j’ai pu en connaître davantage sur la campagne d’éducation menée sur le terrain qui a conduit à l’interdiction de cette pratique. J’ai donc voulu savoir si les mesures mises en œuvre pour faire appliquer cette loi étaient suffisantes pour en finir ainsi avec les MGF au Kurdistan.

Le petit village de Toutkhal, situé dans une zone reculée et montagneuse du Kurdistan irakien, fut l’une des étapes de mon voyage. De prime abord, la vie semble ne pas avoir été touchée par la modernité. Des petites maisons en torchis, des animaux de la ferme et des habitants vivant de la terre : il est difficile, avec ce cadre, d’imaginer comment ce village pourrait faire l’actualité. Pourtant, ce village a connu de profonds changements. Toutkhal fait partie des quelques villages du Kurdistan irakien ayant banni la pratique de la mutilation génitale féminine dès son interdiction en 2011.

Le maire du village, Sarhad Wahab, était fier de m’annoncer que seulement quelques mois après avoir mis en application l’interdiction, le gouvernement a commencé à s’intéresser à Toutkhal, en fournissant au village une nouvelle école et l’accès à l’électricité. Mais il m’a tout de même précisé que ce ne fut pas la raison qui a motivé l’application de l’interdiction : « Nous pensons que notre corps nous appartient et le fait d’en exciser une partie constitue un acte de violence. Nous sommes très fiers d’être les premiers à initier cette campagne. Nous avons interdit les MGF car nous savions que c’était mal ».

Le maire et son épouse semblent sincères dans leur engagement à cette cause. Plusieurs années auparavant, ils avaient empêché l’excision de leur plus jeune fille Dunia. Sa grande sœur Seiber a pourtant été excisée en secret, par sa grand-mère, lorsque ses parents étaient absents. Nesri m’a ainsi raconté ce qui est arrivé à sa fille aînée : « Ils savaient que je refuserais de faire exciser ma fille. Alors ils l’ont fait quand je n’étais pas là. C’était irréversible. Cela la rend malheureuse, elle me demande toujours, pourquoi as-tu pu empêcher l’excision de Dunia et pas la mienne ? J’ai toujours voulu qu’aucune des deux ne soit excisée. ».

Dunia et Seiber semblent mal à l’aise quand j’évoque la Khatana. Dunia me confie qu’elle se sent coupable vis-à-vis de sa sœur : « Je regrette qu’elle ait été excisée parce que c’est ma sœur et qu’elle a souffert, comme toutes les autres. ». L’interdiction est intervenue trop tard pour beaucoup de filles de cette région, presque toutes les femmes et jeunes filles que j’ai rencontrées ont été excisées.

Deeman, une amie de Dunia, m’a raconté son expérience : « J’étais toute petite. J’étais en train de jouer avec une amie lorsque ma maman m’a prise avec elle et m’a dit que le vendeur de fruits et légumes et de bonbons était au village. Elle m’a dit que nous allions m’acheter quelque chose. Ils m’ont emmenée dans une maison et c’est là qu’ils m’ont excisée. Si je l’avais su, je me serais enfuie. […] Je me rappelle que c’était très douloureux … deux femmes me maintenaient à terre. Je savais que mon corps m’appartenait alors pourquoi ont-ils pris quelque chose qui m’appartenait, pourquoi ont-ils coupé une partie de moi qui était à moi ? ».

Sa mère, Talaat, a fait exciser ses cinq filles, dont Deeman. Elle m’a précisé n’avoir jamais voulu faire de mal à sa fille, elle a simplement fait ce qu’elle pensait être le mieux pour elle. Assise près de sa mère, Deeman semblait contrariée. Je lui ai demandé si elle était en colère contre sa mère : « Être en colère contre ma mère ne sert à rien. C’était une pratique largement répandue et nous aimons notre mère. Si nous devions être en colère contre quelqu’un, ce serait contre ceux qui ont répandu cette pratique au nom de la religion. ».

L’une des raisons de la prévalence du Khatana ou des MGF réside dans le fait que beaucoup croient encore que cette pratique fait partie de l’islam. Le mollah Omar Chngyani, un érudit musulman, a abordé ce sujet à travers de nombreux écrits : « Cette pratique n’est pas liée à l’Islam, il s’agit d’une pratique traditionnelle et non religieuse. C’est une forme d’oppression exercée sur les femmes. ». C’est une tradition transmise de génération en génération. Omar Chngyani précise que « certaines personnes décident de suivre une certaine interprétation de l’Islam à la lettre, sans vraiment en comprendre les enseignements. Mais avec une lecture et une compréhension approfondies, on sait que l’Islam ne pourrait jamais nous enjoindre à faire souffrir l’autre. ».

Le profond changement qu’a connu le village de Toutkhal s’inscrit dans la campagne financée par une ONG locale, WADI, qui lutte pour mettre fin à la MGF au Moyen-Orient. Lorsque les MGF ont été révélées au grand jour, cela a créé une onde de choc qui a touché toute la société. Ce qui est singulier, c’est que les MGF ont été découvertes par hasard. En 2004, suite à la chute de Sadam Hussein, le Kurdistan se préparait à l’afflux de réfugiés provenant du reste de l’Irak. L’ONG WADI a donc dépêché des équipes dans les villages en soutien. Les membres de l’ONG sont revenus avec des récits de petites filles victimes d’excision.

Falah Muradkan est le responsable de l’ONG WADI et l’un des plus fervents promoteurs de la campagne : « Un membre de notre équipe dans la région de Gamiyan nous a informé que des personnes posaient des questions sur les mutilations génitales féminines, cherchant par exemple à savoir comment procéder à l’excision s’ils décidaient d’exciser, ce qui nous a fort surpris. Nous savions que de telles pratiques existaient mais nous ignorions qu’elles étaient toujours d’actualité. ».

Falah Muradkan en a informé les autorités qui ont été choquées à l’idée que les MGF étaient toujours pratiquées au Kurdistan : « Lorsque ces récits ont été rendus publics, le gouvernement régional du Kurdistan les a niés. Une sorte de défi s’est alors instauré entre nous, et nous devions prouver que ces pratiques existaient toujours. ».

Ce fut le début d’une campagne de sept ans menée avec d’autres ONG et des réalisateurs de film. De village en village, ils ont recueillis des témoignages de femmes. Après des années de campagne publique, une loi a finalement été adoptée pénalisant les MGF.

Gasha Dara était à la tête du Comité des droits des femmes lorsque cette loi a été adoptée. Elle a contribué à faire adopter cette interdiction par le Parlement : « Ce sujet a été difficile à faire accepter par les membres du Parlement, voire par la société dans son ensemble. Souvent, nous nous entendions dire ‘N’avez-vous rien d’autre à faire que de vous occuper des MGF ?’ Nous savions ce chemin semé d’embûches dès lors que nous évoquerions les MGF en raison des sensibilités culturelles. Nous avons donc décidé d’inclure les MGF dans une proposition de loi plus large contre les violences domestiques. ».

Avec cette loi, c’est un pas de géant dans la lutte contre les MGF qui a été accompli, mais elle n’est pour autant pas terminée. Lorsque la loi a été modifiée en 2011, certains avaient mis en garde contre le fait que l’interdiction de ces pratiques pouvait tout simplement conduire à ce qu’elles soient réalisées dans la clandestinité.

Gasha Dara m’a indiqué que « Cette loi vise à changer une culture établie depuis longtemps. Il est donc normal qu’elle n’ait pas encore été intégré dans les mentalités. L’étape suivante de notre action consiste à appréhender les problèmes que posent cette loi et les raisons qui empêchent sa mise en œuvre. Est-ce un problème purement juridique ou cela tient-il à la façon dont elle est contrôlée ? Nous devons nous assurer que cette loi empêchera les MGF ».

Le gouvernement régional du Kurdistan a promis le lancement d’une enquête complète sur tous les aspects des MGF, dont les conclusions sont attendues pour ces prochaines années.
Le coût humain de ces pratiques reste toutefois difficile à quantifier.

Le documentaire de BBC Arabic, « Dans le secret du Khatana ou la fin d’une mutilation au Kurdistan », a été diffusé sur BBC World News le samedi 26 octobre à 12h30. Un documentaire en coproduction avec le quotidien britannique The Guardian.

(1) N.d.t. : excision en langue kurde

Source : http://www.huffingtonpost.fr/shaimaa-khalil/dans-le-secret-du-khatana_b_4170473.html

Auteure Shaimaa Khalil  http://www.huffingtonpost.fr/shaimaa-khalil/

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