PLAIDOYER POUR LA DÉMÉDICALISATION DE L’EXCISION : LES SAGES-FEMMES INVITÉES À ÊTRE EN PREMIÈRE LIGNE


Le secrétaire général du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, Adama Baye Racine Ndiaye, a invité mercredi les sages-femmes du Sénégal, à être en première ligne dans les actions de plaidoyer engagées en vue de la démédicalisation des mutilations génitales féminines (MGF).

‘’Vous devez également marquer de votre présence la notification des cas d’excision pour améliorer le système de collecte des données sur cette pratique’’, a-t-il notamment déclaré en ouvrant les travaux d’un atelier de plaidoyer pour la démédicalisation et la notification des MGF.

A l’initiative de l’Association nationale des sages-femmes d’Etat du Sénégal (ANSFES), en collaboration avec la Direction de la famille, cette rencontre donne l’occasion de mener des actions à tous les niveaux pour que les sages-femmes soient à l’avant-garde de la lutte contre les MGF.

Le SG du ministère de la Femme estime qu’il convient de lancer un appel aux acteurs de la santé à s’impliquer davantage pour appuyer le processus d’accélération de l’abandon de l’excision. Il estime en effet que l’abandon total de la pratique de l’excision nécessite la mobilisation de toutes les forces vives de la nation, dont le personnel de santé.

Les prestataires de services sont en contact quotidien avec les femmes et les filles exposées aux risques de subir les MGF, et doivent contribuer à la sensibilisation de ces dernières sur les effets néfastes de cette pratique, aussi bien au plan sanitaire que psycho-social, a-t-il poursuivi.

Il a appelé à développer des stratégies et initiatives en vue de renforcer les capacités des sages-femmes et du personnel de santé en général dans le domaine des MGF et en matière de plaidoyer.

Il est reconnu médicalement que les MGF causent des préjudices irréparables aux femmes, puisqu’elles peuvent entraîner la mort par hémorragie due à des saignements abondants, par choc neurogénique dû à la douleur et au traumatisme, a pour sa part relevé la présidente de l’ANSFES, Marième Fall.

S’y ajoute selon elle d’autres effets négatifs, que sont la non-cicatrisation, la formation d’abcès, la formation excessive de tissus cicatriciels, l’infection des voies urinaires, les névromes, les douleurs lors des relations sexuelles, le risque accru de contracter le VIH/SIDA, l’hépatite et d’autres maladies transmises par voie sanguine, etc.

‘’Tous ces maux suffisent, à nous sages femmes, pour porter le plaidoyer et lutter contre la non médicalisation des mutilations génitales féminines qui sont effectuées par des praticiens locaux, généralement des femmes qui héritent leur savoir-faire de la génération précédente, mais aussi par des sages-femmes dans certains cas’’, a-t-elle dit.

Elle a rappelé que la sage femme joue un rôle important dans la prévention de la mortalité maternelle et néonatale, mais aussi dans la promotion de la bonne santé des communautés. C’est pourquoi il est, dit-elle, capital de renforcer leur capacité, elles qui sont en contact direct ou indirect avec les populations.

‘’L’ANSFES est résolument engagée à faire sienne cette lutte et porter haut le plaidoyer afin que la médicalisation de cette pratique ne passe pas pour, ainsi, permettre aux filles de grandir dans la dignité sans pour autant, une fois majeures, sentir un manque causé par les MGF’’ a-t-elle promis.

Source : http://www.aps.sn/actualites/societe/sante/article/les-sages-femmes-invitees-en-premiere-ligne-du-plaidoyer-de-la-demedicalisation-des-mgf

Congrès – Sévices aux enfants – France & Afrique – Les 7 et 8 novembre 2014 à Paris


Le C.L.E.F (Centre de Liaison, d’Étude et de Formation) organise un congrès, à l’ Espace Notre Dame des Champs, abordant les sévices faits aux enfants : maltraitance, violences physiques et psychologiques, cadre légal, droits des enfants en France et pratiques Africaines.

A la demande de l’un des organisateurs, l’ONG RAES (Réseau Africain Éducation Santé, Dakar, Sénégal), le 8 novembre, la Fédération nationale GAMS animera une Table-Ronde sur le thème : « L’excision et les mariages précoces, quelles réalités en France ? »
Programme et inscription : http://www.le-clef.fr/IMG/pdf/prog_congres_sevices_aux_enfants_2014_mail_v2.pdf

Journée Internationale Tolérance 0 aux Mutilations Sexuelles Féminines


Vous n’avez pas pu être présent-e au Colloque « Excision, les défis de l’abandon », avec nos partenaires de la mobilisation « Excision, parlons-en ! »

Retrouvez ci-dessous, les moments forts de la journée, grâce au site Terriennes de TV5 Monde :

Ce jeudi 6 février marque la Journée internationale de lutte contre l’excision et les mutilations sexuelles féminines. Les actrices et les acteurs en faveur de l’abandon de ces mutilations se réunissent aujourd’hui à Paris à l’appel du collectif « Excisions, parlons-en  » ! Suivez en direct ces rencontres et débats.

Journée de l’enfant africain – La prégnance des pratiques sociales et culturelles, l’exemple du Sénégal


Chaque année, un grand nombre d’enfants au Sénégal sont victimes de pratiques sociales et culturelles néfastes, perpétrées le plus souvent par leurs parents.

Pour nombres d’enfants au Sénégal, la vie est un calvaire interminable. Un combat sans répit. Ils sont astreints à des pratiques dommageables qui ont, la plupart du temps, un ancrage culturel profond. Mariage précoce ou forcé, excision, abandon, manque d’éducation, travail, malnutrition, négligence, exposent les enfants à une vulnérabilité innommable. Ces pratiques sociales négatives sont passées en revue à l’occasion de la Journée de l’enfant africain, organisée le 16 juin dernier. Cette célébration, en souvenir du massacre de centaines d’enfants lors d’une marche pour leurs droits à Soweto (Afrique du Sud) par le pouvoir de l’apartheid, le 16 juin 1976, est toujours une occasion de s’interroger sur la condition de l’enfant.

L’un des facteurs bloquants de la protection des droits de l’enfant au Sénégal est sans doute le mariage précoce, qui est le plus souvent forcé. « 1720 femmes meurent chaque année au Sénégal en donnant la vie, soit 5 décès par jour », a révélé, Fatou Kiné Camara, Secrétaire générale adjointe de l’Association des juristes sénégalaises (Ajs), lors d’une session d’information en prélude à la célébration de la 23ème Journée de l’enfant africain (Jea), le 16 juin, dont le thème est « Eliminer les pratiques sociales et culturelles néfastes affectant les enfants : notre responsabilité collective ». Selon la juriste, qui appelle à plus de réflexion sur les problèmes auxquels cette couche est confrontée, ce sont les jeunes femmes de moins de 20 ans qui sont les plus grandes victimes de ces problèmes d’accouchement. « Au Sénégal, c’est une hécatombe de voir plus de 1000 jeunes femmes perdre la vie en donnant la vie », s’est-elle indignée. Avant d’ajouter : « les décès maternels sont catastrophiques ». Elle a fait savoir que les mariages précoces touchent les filles âgées entre 7 et 14 ans au Sénégal et que 9 % d’entre elles sont mariées en milieu urbain et le reste en milieu rural. « La majorité des mariages dans ce pays concerne des enfants », a expliqué la Sg adjointe de l’Ajs. Toujours selon la juriste, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation et d’information menées par l’Etat du Sénégal sur la protection des droits de l’enfant, certaines pratiques sociales et culturelles néfastes, telles que les châtiments corporels, la mendicité, le confiage et le mariage précoce, persistent. Elle ajoute que l’Afrique subsaharienne a le taux de mortalité maternelle le plus élevé au monde.

L’EXCISION

Le chef de la Direction des droits, de la protection de l’enfance et des groupes vulnérables (DDPEVG), Niokhobaye Diouf, a révélé que l’excision n’a connu qu’une légère baisse, d’après les résultats de l’Enquête démographique et de santé (Eds)/Mics couvrant la période 2005-2011. Le document montre que 26 % des femmes au Sénégal ont été victimes de l’excision en 2010, contre 28 % en 2005, soit une diminution de 2 %. Selon lui, la célébration de la Journée de l’enfance africaine (Jea) est une occasion pour le gouvernement du Sénégal, de renouveler sa politique sur cette couche. « Cette commémoration a pour vocation de permettre à ceux qui s’occupent du bien-être des enfants de se concentrer sur le travail de tous les acteurs dévoués aux droits de l’enfant, de consolider leurs efforts et de lever les obstacles à la réalisation des droits de l’enfant au Sénégal. Mais aussi de faire le diagnostic de tous les maux dont souffre cette couche vulnérable dans ce pays et de s’efforcer de bâtir un monde meilleur, plus sûr et plus paisible pour tous les enfants », a-t-il fait savoir. Selon ce dernier, il s’agit non seulement de l’excision et du mariage précoce ou forcé, mais aussi de toutes les pratiques coutumières en lien avec la maltraitance des enfants. Nombreux sont les partisans qui justifient l’excision par le fait que c’est la coutume. Ils se basent sur leur ancrage culturel pour justifier cette pratique, alors que celle-ci est néfaste pour les enfants. « Il faut davantage expliquer aux populations que cette pratique est une violation fondamentale des droits des filles » et, par voie de conséquence, la décourager », indique M. Diouf.

Le Sénégal traîne les pieds

Le gouvernement du Sénégal a ratifié la convention relative aux droits de l’enfant, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1989. Mais, il n’a pas réaffirmé ses engagements en vue de les concrétiser. En matière de protection des droits de l’enfant, le Sénégal serait un pays de paradoxes. En effet, l’application des textes en matière de protection des enfants fait toujours défaut. « Notre pays ratifie sans réserve toutes les conventions internationales relatives à la protection des droits de l’enfant, mais il ne les applique pas », s’indigne Seynabou Ndiaye Diakhaté, juge à l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) et ancienne procureur de la région de Thiès. A l’en croire, toutes les dispositions relatives au respect des droits de l’enfant existent dans l’arsenal juridique sénégalais. Et de dénoncer la non application par le Sénégal des Conventions internationales relatives à la protection des droits de l’enfant. Le manque d’harmonie, selon Fatou Kiné Camara, plombe tous les efforts menés au plan juridique dans la lutte pour le respect des droits de l’enfant, dans notre pays. « Cette situation précaire et honteuse à l’endroit des enfants découle d’un manque de volonté politique de la part des gouvernants », déclare-t-elle.

Le chef de la section Protection de l’enfant Unicef, Jean Liéby, a informé qu’une révision du code pénal et du code de procédure pénale est en cours. Selon lui, la révision va changer le quotidien des enfants et des femmes au Sénégal. « Ces pratiques ne doivent plus être d’actualité en ce 21ème siècle », dit-il.

Le Sg du Ministère de la Femme, de l’Enfance et de l’Entreprenariat féminin, Ibrahima Diouck ; Ibrahima Giroux, psychologue à l’Ong TOSTAN ; et Thierno Sagna, psychothérapeute à « Keur Xaleyi », souhaitent une large sensibilisation pour une meilleure prise en charge des droits de l’enfant. « Il faut favoriser les échanges, afin d’aboutir à un consensus national pour l’abandon de ces pratiques sociales et culturelles néfastes et ancestrales qui affectent les enfants », s’accordent-ils à dire.

Pape Mayoro NDIAYE

(Stagiaire)

Source http://www.lagazette.sn/spip.php?article4601

La Gazette du Pays et du Monde – Sénégal – mardi 25 juin 2013

« Mon traumatisme avec l’excision », par Sister Fa, Artiste Sénégalaise


« Mon traumatisme avec l’excision »

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Victime de l’excision dans sa tendre enfance, Fatou Diatta alias Sister Fa ne veut plus qu’un enfant vive son calvaire. Artiste rappeuse à la base, la native de Thionck-Essyl, dans le département de Bignona, donne de la voix pour la promotion de l’abandon de cette mutilation génitale.

Qui est vraiment Sister Fa ?

Je m’appelle Fatou Madiang Diatta alias Sister Fa. Je suis artiste sénégalaise basée en Allemagne depuis 2005. Je viens au Sénégal pratiquement chaque année pour des tournées de sensibilisation avec des musiciens allemands. On sensibilise sur les droits humains et nous luttons pour l’abandon de l’excision. Donc, je suis artiste et activiste en même temps.

L’actualité pour vous, c’est la sortie de votre compilation en décembre. De quoi s’agit-il ?

C’est une compilation qui s’appelle  »Paix et Sécurité », qui est en quelque sorte le suivi d’un séminaire que j’avais organisé au mois de décembre dernier. J’avais invité des artistes de la sous-région, notamment du Burkina Faso, du Mali, de la Guinée, de la Gambie ainsi que des artistes sénégalais à cet atelier. C’était pour moi une façon d’inviter ces artistes et collègues à un débat sur la promotion des droits humains à travers l’art. C’était aussi une manière de les impliquer naturellement dans ce combat dans lequel je suis moi-même engagée. C’est ainsi que j’ai pensé mettre en œuvre cet album afin de matérialiser le travail qui a été fait avec le soutien du FNUAP (Fonds des Nations-unies pour la population).

Et pourquoi le titre  »Paix et sécurité » ?

Je pense que c’est avec la paix et la sécurité que nous allons arriver à résorber tous les problèmes que nous sommes en train de combattre.

Combien d’artistes ont participé à la compilation ?

C’est une quarantaine d’artistes qui ont donné de leurs voix dans cette compilation. Ils viennent d’horizons divers. Certains sont d’Allemagne, d’autres du Congo, de la Côte d’Ivoire. Il y a aussi des Sénégalais (Ndlr, dont Jojo du groupe Yat Fu, Drygon, Thiat de Keur Gui, Daddy Bibson, Matador).

Qu’est-ce qui explique votre engagement dans la lutte pour l’abandon de l’excision ?

Pour l’excision, je n’ai plus peur de le dire : j’ai été victime de cette pratique. Alors je me suis demandé pourquoi ne pas utiliser ma voix et la joindre à ce qui a été déjà fait par d’autres pour porter et appuyer le combat. Je n’aime d’ailleurs pas utiliser le mot combat. Je suis pour qu’on parle de la promotion de l’abandon de l’excision. En tant que porteurs de voix, nous ne devons pas nous contenter de chanter. L’art est une autre façon d’éduquer, de sensibiliser et de montrer des choses positives.

Il est maintenant possible de réparer le clitoris des femmes excisées. Vous en pensez quoi ?

Personnellement, je ne pense pas que je me ferai opérer. Parce que je suis encore traumatisée par ce qui m’a été fait. Donc, pour moi, l’heure n’est pas à la réparation mais plutôt à la prévention. Car il y a des dégâts plus profonds qui interviennent après cet acte. Il y a beaucoup de femmes excisées et atteintes de fistules obstétricales, surtout à Kolda, d’après les statistiques. Là, nous sommes plus concentrés sur la prévention que sur des réparations des dégâts qui causent d’énormes difficultés à la femme. Toutefois, je ne suis pas contre la réparation pour les femmes excisées qui en ont la possibilité et les moyens. On peut toujours réparer. Mais pour moi, pour l’instant, je préfère financer des établissements scolaires.

Vous avez dit que l’excision vous a traumatisée. Et comment ?

Ce que je trouve drôle dans cette histoire, c’est que je ne me rappelle pas l’âge que j’avais à cette époque. Je sais juste que c’est avant que je ne sois inscrite à l’école primaire. Je me rappelle le visage grave de ma mère qui me demandait de ne pas pleurer ; que si je le faisais j’allais déshonorer ma famille. Je me rappelle ces femmes balèzes qui m’ont prise de force. Je me rappelle ma douleur. Je me rappelle que le lendemain, je ne pouvais même pas pisser. Je me rappelle les chants qu’on nous a appris. Sur le coup, j’avais tellement mal que je croyais que ma mère me l’avait fait par méchanceté. Maintenant je comprends que non, elle l’a fait pour respecter une tradition, suivre un ordre social. C’était aussi une manière de me protéger contre notre propre société. Dans notre village, une fille qui n’était pas excisée était marginalisée. Alors si ma mère ne respectait pas la tradition, je n’allais pas pouvoir me marier ni préparer à manger à des personnes d’un âge avancé. C’était donc, vu sous cet angle, pour mon propre bien. Mais ces gens-là ne savent pas que ce qu’ils font a des conséquences graves. Ils le font par ignorance. Ils ont besoin de quelqu’un qui les aide à y voir clair.

Comment votre entourage a pris votre engagement contre l’excision ?

Ma mère est décédée avant que je ne commence la promotion de l’abandon de l’excision. C’est dommage. La vision de mon père sur l’excision, je l’ai su à travers un film documentaire dénommé Saaraba avec une chaîne new-yorkaise Link Tv. Il a été tourné à Thionck-Essyl, en 2010. (Mon père) me soutient. On a eu une déclaration d’abandon des femmes quand on est venus tourner le documentaire. On n’avait rien demandé, on était là juste pour sensibiliser et échanger avec elles. On leur a exposé les conséquences qui sont directement liées à cette pratique. Les femmes ont rejoint le mouvement et ont promis de nous aider dans la sensibilisation. Je ne sais pas si cela allait se passer de la même façon dans une autre communauté. Raison pour laquelle, quand je vais dans une zone pour une séance de sensibilisation, j’invite les artistes de la zone afin que le message passe mieux. Les gens se sentent interpellés quand ce sont des personnes qu’ils connaissent qui leur parlent.

Avez-vous créé une association ?

Non je suis artiste. Je refuse d’entrer dans ce carcan. Je veux rester Sister Fa. C’est avec la vente de mes CD et à travers les soirées de bienfaisance que j’organise que je collecte des fonds pour financer mon combat. J’ai gagné un très grand prix en Afrique du Sud Freedom to creat en 2011. J’ai utilisé la majorité pour financer la construction et la réhabilitation de certains établissements scolaires. Au mois de novembre passé, j’ai gagné le Adler awards de la diaspora allemande

Vous êtes apparemment plus connue à l’étranger qu’au Sénégal. Comment comptez-vous renverser la tendance ?

Mon premier album a été sorti à Dakar en 2005. J’ai voyagé juste après. Je viens ici très souvent. Il se trouve juste que je préfère travailler beaucoup et faire peu de bruit. Je gagne énormément de prix à l’étranger. Amnesty international m’a décerné un prix avec That matter movie film festival en 2011. Je ne suis pas de ceux qui viennent avec leur trophée dire que j’ai gagné telle ou telle autre chose. C’est un choix que j’assume. Peut-être qu’avec le temps, les gens verront d’eux-mêmes ce que je suis en train de faire.

A quand votre prochain album solo ?

Là, j’ai déjà fini avec mon deuxième CD en Allemagne qui est un live complet. Je ne sais pas si mon label Piranhia world music (Ndlr : l’un des plus grands labels de world music en Allemagne) va le sortir au Sénégal, mais je vais apporter des CD pour la famille et les amis. La sortie est pour bientôt.

Généralement au Sénégal, les filles qui font du hip-hop croient être obligées de s’habiller masculinVous, vous semblez plus porter l’habillement féminin et sexy. Pourquoi ce choix ?

Je me rappelle, une fois au Canada, on a montré mon film et on m’a demandé ce qui était ma particularité sur scène. J’ai répondu que je me mettais toujours en tenue traditionnelle avec une robe longue et une perruque afro. Ces filles-là n’ont pas encore compris qu’on n’a pas besoin de se vêtir comme un homme ou de parler comme un homme pour montrer ses qualités de rappeuse. J’étais dans le même lot quand j’étais ici. Je m’habillais comme un bad boy. Je suis devenue maman avec le temps. Cela m’a aussi un peu changée côté vestimentaire.

Que pensez-vous du hip-hop sénégalais ?

Ne me mettez pas en mal avec mes collègues. Bon, côté femme, ça ne bouge pas du tout. J’étais récemment en studio dans le cadre de la compilation  »Paix et Sécurité », j’étais des fois très agacée parce que ça n’allait pas du tout. Les filles sont restées là où elles étaient. Chez les hommes, ça va. Mais quand on n’achète pas les CD et que les concerts ne sont pas remplis, cela ne motive pas.

PAR BIGUÉ BOB ENQUETEPLUS.com

Source  : http://xalimasn.com/mon-traumatisme-avec-lexcision/

#Sénégal L’excision recule devant le rôle éducatif des grands-mères


AFRIQUE DE L’OUEST: L’excision recule devant le rôle éducatif des grands-mères

By Soumaila T. Diarra

Source : http://www.ips.org/fr/afrique-de-louest-lexcision-recule-devant-le-role-educatif-des-grands-meres/

BAMAKO, 7 déc (IPS) – Des rencontres inspirées des traditions africaines et des rituels liés à l’excision amènent des grands-mères à arrêter d’exciser les jeunes filles dans le sud du Sénégal et à aller vers un abandon de la pratique des mutilations génitales féminines (MGF).

Des experts voient en cette expérience l’espoir de l’abandon définitif de l’excision en Afrique de l’ouest où l’argument culturel et religieux est le principal motif de la persistance des MGF.

Dans le village de Kael Bessel (sud du Sénégal), l’excision n’est plus un sujet tabou. Fatoumata Sabaly, 60 ans environ, parle des droits des filles et évoque sans gêne le sujet devant des amis. «Nous avons constaté qu’il est nécessaire d’abandonner l’excision et qu’il y a des avantages pour les femmes à l’abandonner», déclare-t-elle. «L’excision a des conséquences qui sont liées à l’hémorragie et elle peut même conduire à la mort», explique-t-elle à IPS.

Pourtant, au Sénégal comme dans d’autres pays d’Afrique de l’ouest, les grands-mères comme Sabaly sont généralement les premières personnes dans la famille à décider de l’excision des filles.

Mais, selon une étude menée en 2011 par ‘Grandmother Project’, une organisation non gouvernementale (ONG), à Vélingara (sud du Sénégal), 93 pour cent des grands-mères sont opposées à l’excision. En 2008, ce taux était seulement de 41 pour cent.

Dans une trentaine de villages autour de Vélingara, des rencontres inspirées des traditions locales, en particulier le koyan (le rite de passage lié à l’excision), permettent aux populations de discuter des questions relatives à leurs valeurs culturelles.

Des chefs religieux, chefs coutumiers, fonctionnaires, jeunes et personnes âgées participent à ces débats. «Grâce à ces rencontres, les jeunes sont mieux éduqués maintenant», affirme Doussou Kandé, une femme de 72 ans. «Avant, ils pouvaient m’adresser la parole en m’appelant Doussou, mais maintenant, ils m’appellent grand-mère», ajoute-elle à IPS.

Ces rencontres mettent en valeur le rôle éducatif des grands-mères dans les sociétés africaines. Mais au-delà, elles brisent le silence entourant les sujets tabous comme l’excision. «J’étais personnellement pour l’excision, comme beaucoup de gens, mais les discussions en public m’ont aidé à changer de position, à accepter que dans notre culture, il y a des valeurs à conserver et d’autres à abandonner», raconte à IPS, Abdoulaye Baldé, imam d’une mosquée à Vélingara.

Au cours des débats publics, les populations exposent les avantages et les inconvénients des valeurs culturelles. «Puisque l’excision a plus d’inconvénients que d’avantages, les gens ont peu à peu abandonné la pratique», affirme à IPS, Falilou Cissé, conseiller en développement communautaire au bureau de ‘Grandmother Project’ à Vélingara.

Aujourd’hui, les populations locales savent que l’islam ne fait pas de l’excision une obligation pour les croyants grâce aux interventions de l’imam Baldé lors des débats. L’implication des leaders d’opinion a eu un grand impact sur la nouvelle perception de l’excision par les grands-mères.

Interrogée par IPS, Fatoumata Baldé, la matrone du village de Kandia, près de Vélingara, estime que depuis 2010, elle n’a pas vu un cas d’excision dans la localité. «Avant, nous avions l’habitude de recevoir au dispensaire beaucoup de cas d’excision qui ont mal tourné parce que c’est fait sans assistance médicale», explique la matrone qui prend régulièrement part aux débats.

L’initiative des rencontres est venue de ‘Grandmother Project’, une ONG internationale basée en Italie, qui fait la promotion du dialogue communautaire autour de la culture. «Les populations ont arrêté l’excision d’elles-mêmes. Nous n’avons jamais demandé aux gens d’arrêter», souligne Cissé.

Boubacar Bocoum, un consultant malien ayant fait des enquêtes sur l’excision dans plusieurs pays, voit dans l’expérience de Vélingara un espoir pour l’abandon définitif de la pratique en Afrique de l’ouest.

«Les projets de lutte contre l’excision ciblent généralement les exciseuses, alors que c’est un problème communautaire. Si seulement une partie de la communauté abandonne, la pratique persiste car le reste de la population n’est pas engagé», indique Bocoum.

Selon une étude publiée par l’ONG ‘Plan International’ en 2006, l’excision existe dans l’ensemble de la sous-région. «En Guinée, en Sierra Leone et au Mali, pratiquement toutes les femmes sont excisées… Au Niger et au Ghana, la pratique est limitée à certaines zones géographiques et la prévalence nationale est de moins de 10 pour cent», indique l’étude.

A Vélingara, les grands-mères entendent perpétuer leur expérience qui les rapproche plus du reste de la société. «Avant, les gens ne voulaient pas que les enfants s’approchent de nous parce qu’ils pensaient que nous étions des sorcières», raconte Sabaly, émue, retenant ses larmes dans une salle de classe où elle était invitée à parler des valeurs traditionnelles aux enfants, en octobre dernier.

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Sister Fa, la puissance du hip hop contre l’excision »

Camille Sarret

Au Sénégal, le hip hop peut servir à faire tomber un président de la République. Mais pas seulement. La rappeuse Sister Fa a décidé de donner de la voix pour mettre fin à l’excision dans son pays. Invitée en septembre 2012 au festival de films de femmes « Elles tournent » à Bruxelles, elle a présenté le documentaire Sarabah qui retrace sa vie et son engagement. C’est là où j’ai recueilli son témoignage pour le site Terriennes de TV5MONDE

Le hip hop a déjà montré sa force au Sénégal. Lors de la dernière campagne présidentielle, au printemps 2012, cette musique a porté haut et fort les messages du jeune mouvement d’opposition « Y en a marre ». Multipliant les morceaux contestataires, les rappeurs de la banlieue de Dakar ont fait siffler les oreilles du « vieux » jusqu’à obtenir sa chute. Abdoulaye Wade a été détrôné après douze ans de présidence.

Le hip…

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