Oublié, le mariage coutumier revient en force en Tunisie


L’Auteure Anne Collet

En janvier 2012 la chaîne d’informations internationales France 24 levait le voile sur un phénomène qui prend de l’ampleur en Tunisie et tout particulièrement dans les universités : le mariage coutumier ou mariage « Orfi ». Leur nombre est difficile à évaluer mais selon certaines sources, dont le parti écologiste Tunisie verte, il y en aurait eu plus de cinq cent ces six derniers mois.

De quoi s’agit-il exactement ? un contrat signé entre un homme et une femme en présence de témoins, devant Dieu, avec ou sans le consentement des parents, autant dire qu’il repose sur une immense hypocrisie.  Les jeunes, garçons ou filles qui s’engagent sur cette voie sont ceux qui réclament une refonte du Code du statut personnel promulgué par le président Habib Bourguiba en 1956 qui permet aux Tunisiennes de jouir d’une certaine liberté, contrairement à nombre de leurs sœurs arabes.

Ce mariage totalement illégal permet à ceux qui le contractent de vivre ouvertement en couple en écartant toute accusation d’adultère. L’université de la Manouba de Tunis, connue pour abriter un grand nombre de salafistes est l’un des lieux où les mariages coutumiers sont les plus nombreux. Leurs partisans réclament d’ailleurs sa reconnaissance légale et se battent pour une sorte de « révolution sexuelle halal », selon le magazine Jeune Afrique.

« Le mariage coutumier renforce l’islam en donnant à la loi divine et au contrat religieux plus de poids qu’à la loi des hommes et au contrat de mariage civil », dénonce le site Culture et politique arabes« Rendre ce mariage légal est indispensable aujourd’hui, on souhaite que le Code du statut personnel soit révisé afin de ne plus interdire ce qu’Allah a autorisé », répondent les étudiants qui estiment que le mariage coutumier met fin à de nombreux problèmes sociaux, oubliant une fois de plus les femmes, qui en sont les premières victimes. Que deviennent-elles en effet quand elles sont enceintes ? Les enfants nés de ces unions n’ont aucune existence légale puisque l’union elle même au regard de la loi n’existe pas. En attendant, les demandes d’avortement de la part de jeunes femmes abandonnées par leur soit disant « mari », à l’annonce de leur grossesse, explosent dans les hôpitaux et les dispensaires spécialisés. En outre, les jeunes filles concernées ne voient malheureusement pas que le mariage coutumier s ’apparente à la prostitution.

Le mariage coutumier qui était courant dans la société tunisienne il y a plus de soixante dix ans avait presque totalement disparu, il ne perdurait que dans quelques régions reculées, mais a fait son retour avec l’arrivée des islamistes, sur le modèle de l’Iran ou de l’Irak. Dans ces pays, on l’appelle le mariage de plaisir ou de jouissance. Pratiqué chez les chiites, il s’agit d’un mariage temporaire où la femme renonce à ses droits. L’homme peut en contracter autant qu’il le veut pour une durée de quelques minutes à plusieurs années. Autant dire qu’il revient à autoriser la polygamie et que là encore les femmes sont les premières victimes. Officiellement, ce mariage prévu par la charia a pour objectif de protéger les jeunes filles des relations sexuelles hors mariage. « La pire humiliation pour une femme », estime l’avocate Ibtissem Echaa, présidente de l’association irakienne de défense des droits des femmes. Pour ses partisanes en revanche, il leur permet d’échapper à la rigueur parentale.

Revenons-en à la Tunisie,   le Centre de recherche d’études, de documentation et d’information sur la femme (Credif), dénonce la résurgence de cette pratique estimant qu’ il ne fait aucun doute que les frères musulmans sont derrière le retour de ces unions. Une raison de plus de se battre pour le respect du Code du statut personnel que ces derniers voudraient tant abroger.

Des salafistes à Tunis

Source : SLATE Afrique Les Blogs

http://blog.slateafrique.com/femmes-afrique/2012/11/08/oublie-le-mariage-coutumier-revient-en-force-en-tunisie/

 

 

 

Mariage forcé : Version uniquement Egyptienne ?


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Image via Wikipedia

Published on Rue89 (http://www.rue89.com)Mariage « orfi » : ces Egyptiens qui s’unissent en secretBy Nathalie CattaruzzaCreated 11/13/2010 – 11:22

Entête large: 

 

Jamais avant le mariage ! En Egypte, les noces, enregistrées devant le maazoun (l’officier d’état civil), marquent l’entrée des jeunes gens dans la vie sexuelle.

Mais les difficultés toujours plus importantes pour répondre aux conditions financières exigées par le mariage (appartement, dot, bijoux de fiançailles…) allongent indéfiniment la période d’abstinence et poussent les jeunes à s’unir en secret. Deux époux, deux témoins, un contrat : voilà les prétendants mariés orfi [1] prêts à vivre pleinement leur relation avec la bénédiction de Dieu.

« Les voisins ne savent pas qu’on vit dans le même appartement »

Sadeq, 31 ans, et sa collègue Samia, 27 ans, se connaissent et se fréquentent depuis quatre ans. Ils se sont mariés orfi l’année dernière après que le père de la jeune fille s’est, une fois de plus, opposé à leur mariage.

Sadeq n’est pas le gendre idéal. Et pour cause : son salaire de comptable et son appartenance à la classe moyenne ne lui permettent pas de proposer, en plus de son amour, un bel appartement pour abriter sa future famille. Alors le couple fait comme il peut, en attendant le jour où il y aura assez d’argent pour renouveler la demande au père.

Avant, ils se voyaient chez des amis, mais depuis le décès de sa mère, le jeune homme a la jouissance d’un appartement pour lui seul. Samia le rejoint dès qu’elle le peut, toujours en catimini. Sadeq raconte :

«  Les voisins ne savent pas qu’on vit dans le même appartement. Je fais très attention pour que personne ne la voie entrer et sortir. Je l’appelle au téléphone pour lui confirmer que la voie est libre. Tout est fait dans le secret. Ce n’est pas facile du tout, on a tout le temps peur que quelqu’un frappe à la porte.  »

Samer, son meilleur ami et témoin, a 33 ans. Lui s’est marié orfi à trois reprises, mais «  par la grâce de Dieu, il n’y a pas eu d’enfant  !   »

A chaque fois, un même scénario s’est répété. Quand l’histoire s’est terminée, il a déchiré le contrat avec l’épouse et versé 1 000 livres égyptiennes en compensation, l’équivalent de quatre mois d’un salaire moyen. La jeune fille a récupéré sa liberté et, comme c’est souvent le cas, probablement utilisé cet argent pour retrouver chirurgicalement une virginité factice, se marier et fonder une famille.

4 100 mariages orfi en 2008, dont 17% d’étudiants

Coran de poche dans les mains de jeunes mariés (Alexa Brunet/Transit)A l’instar de Sadeq et de Samer, ce sont les jeunes et les étudiants qui, de plus en plus, succombent aux sirènes de l’amour secret tandis que les écrans, petits et grands, diffusent en boucle des histoires de mariages. Les jeunes filles sont les premières spectatrices de ces séries sentimentales.

C’est précisément cette population que Fawziya Abd El Aal, avocate travaillant pour le Centre égyptien des droits des femmes, accueille durant ses permanences :

«  Je tente d’alerter les filles des dangers de ce mariage. Le centre dispense pour cela des cours de sensibilisation. Bien sûr, nous sommes complètement hostiles au mariage orfi. Si le mari peut payer un véritable mariage dans quelques années, alors pourquoi pas  ? Mais pour la plupart des femmes, cela se termine par un problème.  »

Elle poursuit :

«  Le mariage orfi est devenu un vrai phénomène récemment, avec 4 100 mariages contractés en 2008, dont 17% le seraient par des étudiants.  »

Des chiffres qui révèlent la tension croissante entre une société figée et une population aspirant à vivre sa jeunesse pleinement.

Aux abords de l’université du Caire, dans le quartier de Gizeh, on peut acheter un contrat orfi pour un prix très modique, de 3 à 10 livres, pouvant monter jusqu’à 50 livres. Les acheteurs, essentiellement des garçons, viennent à la nuit tombée, persévérant pour trouver le bon vendeur.

Traditionnellement, ce sont des hommes entre deux âges qui ont le plus souvent recours au mariage secret afin de s’unir à une femme sans le consentement de leur première épouse. Ou des veuves qui ne veulent pas perdre la pension de leur mari décédé.

Mais il faut aussi compter sur le tourisme sexuel. Les visiteurs arabes du Golfe s’amusent à prendre, le temps de leurs vacances au Caire, une jeune paysanne illettrée pour «  épouse  » moyennant une certaine somme d’argent. Sans oublier les Françaises qui tombent amoureuses de leur guide au goût exotique et n’hésitent pas à signer le contrat.

Une timide reconnaissance publique et légale

Couple mangeant une glace sur la corniche du Caire, lieu de promenade phare pour les Cairotes (Alexa Brunet/Transit)Pour les Egyptiens, si soucieux de bonne moralité, le mariage orfi est la porte ouverte à tous les abus. Le début de la fin. Pour Raafat, 46 ans, directeur d’une école privée de langues, «  c’est un terrible désastre  ». Quant à Rima, étudiante de 21 ans habitant les beaux quartiers, son avis sur les femmes mariées orfi est sans appel : «  Les filles qui font ça sont des putes  !   »

Car si le mariage orfi permet aux conjoints de ne pas être inquiétés par la police en cas de dénonciation et de prendre une chambre double à l’hôtel, il n’offre aucun droit aux femmes, notamment en cas d’abandon, pas même celui d’annuler le mariage si elles n’ont pas conservé le contrat.

Aujourd’hui, au tribunal des affaires familiales de Znanery, au Caire, des dizaines de femmes arpentent les couloirs, attendant que la cour statue sur le cas de leur mariage orfi.

A l’instar de Fatima, 22 ans, assistante d’avocat et mère d’un petit garçon de 3 ans issu d’un mariage orfi, elles sont là pour demander l’annulation officielle du mariage secret. Ce qui leur permettra d’éventuellement se remarier et de demander une reconnaissance de paternité et une pension alimentaire pour leur enfant.

Divorce, paternité, mais pas de pension alimentaire

Il y a encore quelques années, seules les femmes occidentales osaient s’engager dans un tel procès. Mais Hind El Hinnawy a changé la donne. Il y a six ans, cette jeune architecte d’intérieur s’est battue sur la place publique, au tribunal et dans les médias, contre son époux orfi afin qu’il reconnaisse leur fille, Lina.

Fils d’acteurs célèbres et lui-même acteur et animateur télé, Ahmad Fishawi, qui affiche sa dévotion à l’islam, a longtemps refusé de reconnaître leur union secrète, avant de perdre la bataille.

Si aujourd’hui Fatima fait face au tribunal, c’est, affirme-t-elle, grâce à l’exemple de Hind El Hinnawy : «  Avec elle, j’ai compris que c’était possible de demander que justice soit faite et de gagner.  »

Depuis 2000, Fatima et ses compagnes d’infortune sont autorisées à demander légalement le divorce et la reconnaissance de paternité pour leurs enfants. Mais pour le reste, elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes : pas de pension alimentaire ni d’arriérés de la dot.

De nouvelles voix pour aborder la question du mariage orfi

Dans l’espace public, sur la toile et dans les médias, les langues commencent lentement à se délier et les esprits à s’ouvrir. On observe une timide sensibilisation à l’éducation amoureuse, bien que toujours dans le cadre du mariage. D’ailleurs, on parle de «  conseil matrimonial  » et non pas d’«  éducation sexuelle  ».

La sexologue Heba Kotb a été la première, avec son émission télévisée «  Kalam Kebir  » («  La Grande discussion  »), à aborder la question de la sexualité en répondant à des questions de téléspectateurs. Une sorte de Dr Ruth [2] égyptienne version jeune, jolie, et voilée.

De son côté, le très charismatique Dr Medhat Abdelhady milite pour la création d’une école du mariage. Ses conférences sont suivies aussi bien par des grands-mères accompagnées de leurs petites-filles que par des femmes seules portant le voile intégral ou des hommes.

Pour lui, la seule manière de combattre les nouveaux maux de la société égyptienne, le mariage orfi, l’augmentation des divorces et le harcèlement physique des femmes, c’est l’apprentissage de la communication dans le couple et le choix éclairé de son conjoint.

Derrière la complexité du mariage orfi où s’entremêlent le juridique, le religieux et le social, c’est le statut de la femme qui est en jeu. Son autonomie. Toujours considérée comme «  la femme de  », «  la fille de  », «  la sœur de  », on lui offre une protection là où il faudrait lui proposer l’émancipation. Un tabou peut-être plus grand encore que celui qui entoure la sexualité.

► En partenariat avec Causette, dont le numéro 11 est en kiosque

La couverture du numéro 11 de Causette 

Photos : couples d’amoureux sous un pont, en Egypte (Alexa Brunet/Transit) ; Coran de poche dans les mains de jeunes mariés (Alexa Brunet/Transit) ; couple mangeant une glace sur la corniche du Caire, lieu de promenade phare pour les Cairotes (Alexa Brunet/Transit) ; familles attendant leur procès au tribunal de Znanery à Shubra (Alexa Brunet/Transit)

URL source: http://www.rue89.com/2010/11/13/mariage-orfi-ces-egyptiens-qui-sunissent-en-secret-175781

Links:
[1] http://www.rue89.com/2010/11/13/le-droit-de-la-famille-est-le-seul-domaine-qui-reste-tres-proche-de-la-religion-175783
[2] http://www.lesquotidiennes.com/société/a-81-ans-l’inoxydable-dr-ruth-distille-toujours-ses-conseils-en-matière-de-sexualité.html