Femmes menacées de mariage forcé, comme de « crime » dit d’honneur. L’exemple Suisse.


Le mariage forcé est un tabou touchant la liberté individuelle et les droits humains. De nouveaux cas sont débusqués chaque année (image d’illustration).

Le mariage forcé est un tabou touchant la liberté individuelle et les droits humains. De nouveaux cas sont débusqués chaque année (image d’illustration).Image: AFP

Par Isabel Jan-Hess

Source : http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/dix-femmes-mariees-force-depose-plainte-geneve/story/17911199

Le mariage doit être un choix libre et consenti, ce que les victimes ignorent souvent Source

«Les mariages forcés ne sont pas l’apanage de pays lointains!» A la veille des vacances d’été, Anne-Marie Von Arx, directrice du Cœur des Grottes et députée PDC, rappelle le danger encouru par des jeunes filles à Genève. En 2006, une étude suisse évoquait déjà 17 000 victimes de mariages forcés dans notre pays.

Le centre d’accueil qu’elle dirige héberge huit femmes ayant fui un mari ou une famille les ayant promises à un parti de leur choix. Le témoignage de Lydia (lire ci-dessous) reflète la violence liée à ces coutumes ancestrales et l’impuissance des victimes, sous l’emprise familiale. «Il ne faut pas stigmatiser certaines communautés, prévient la députée, auteure d’une récente motion visant à renforcer la lutte contre ce fléau. Nous suivons des femmes musulmanes, juives, chrétiennes, toutes menacées de crime d’honneur si elles n’épousent pas l’élu de la famille.»

Toutes les communautés touchées

D’origines variées – siciliennes, corses, kosovares, sri lankaises, turques, du Proche-Orient ou du Maghreb – ces femmes ont en commun la lourde responsabilité de rompre une tradition illégale en Suisse. La plupart des victimes connues déposent une plainte. «On les cache et on met en route l’appareil juridique visant à leur redonner une dignité, détaille Anne Marie Von Arx. On les aide à s’affranchir de leurs bourreaux et atténuer leurs peurs.» Au-delà de l’hébergement, elles reçoivent un soutien psychologique et une aide à l’autonomie par la formation.

«Le mariage doit être un choix libre et consenti, ce que souvent elles ignorent, poursuit la directrice, évoquant une mère sri lankaise menacée de mort avec ses trois filles mineures par la famille de son mari. Malgré cela, la mère restait convaincue qu’un «bon» mari pour ses filles était plus important que leur choix personnel.»

«Certaines ont été vendues par leur famille établie ici, contre des faveurs au pays, explique Muska Sangin, accompagnatrice socio-éducative. Elles unissent leur fille à un compatriote en promettant à ce dernier la nationalité suisse et, en contrepartie, la famille du marié leur offre des privilèges.» A l’inverse, des jeunes filles sont achetées à l’étranger et ramenées ici. «Elles deviennent esclaves sexuelles et domestiques de la belle-famille.» Ces situations émergent souvent aux Urgences de l’hôpital, suite à des violences ou une maternité. «Trop de cas restent dans l’ombre, regrette une assistante sociale. Arrivées ici depuis un pays où les mariages forcés sont encore la norme, elles ignorent leurs droits.»

Police vigilante et justice active

Le mariage forcé est un sujet sensible, un tabou touchant la liberté individuelle et les droits humains. Un grand travail interprofessionnel permet de débusquer de nouvelles situations chaque année. Enseignants, assistants sociaux, en contact direct avec les adolescentes, ainsi qu’officiers d’Etat civil sont aux premières loges pour dépister ces jeunes filles à risque.

La police genevoise est également très active. «Cette réalité nous préoccupe depuis des années, confie sa cheffe, Monica Bonfanti. Tous les policiers sont formés à la prise en charge de cas de mariages forcés ou de crimes d’honneur, par des modules sur l’éthique et les droits humains.» La Brigade des délits contre les personnes bénéficie, elle, d’une spécialisation dans le domaine. «Si les cas avérés sont rares, moins d’une dizaine cette dernière année, nous savons que le phénomène existe et nous restons vigilants.»

Des interventions policières pour violences conjugales mettent aussi en lumière des cas de contrainte de ce type. «Il est très important de maintenir le travail en réseau et de poursuivre la sensibilisation au sein des communautés à risque, insiste Monica Bonfanti. Afin d’aider et de protéger les victimes, mais aussi de faire régresser, voire disparaître ces coutumes illégales.» La Suisse multiplie les actions dans ce sens. «Le mariage forcé est poursuivi d’office par le Code pénal, relève Vincent Derouan, porte-parole du Ministère public. Il prévoit une peine privative de liberté de 5 ans au plus ou une peine pécuniaire.» (TDG)

Pakistan : nouvelles attaques à l’acide contre les femmes #Pakistan


Asiya Bibe, 35 ans, victime d'une attaque à l'acide, pose dans sa maison de Multan, le 16 mars 2012  ( AFP/Archives / Bay Ismoyo  )

Asiya Bibe, 35 ans, victime d’une attaque à l’acide, pose dans sa maison de Multan, le 16 mars 2012 ( AFP/Archives / Bay Ismoyo )

Au Pakistan, les crimes d’honneur familiaux étaient jusqu’ici considérés comme les seuls motifs d’attaques à l’acide défigurant les femmes. Mais de récentes agressions sur la place publique sèment aujourd’hui la peur dans une région du pays longtemps épargnée par ces violences.

Chaque année, une centaine de Pakistanaises sont victimes de jets d’acide, et bien d’autres cas ne sont pas recensés car des victimes ont peur de témoigner, selon des ONG.

L’ampleur du phénomène a conduit en 2011 le gouvernement à alourdir les peines de prison (14 ans minimum) et amendes pour les coupables.

La majorité des victimes connaissent leurs agresseurs, des proches qui, lorsque identifiés, disent souvent les avoir punies pour avoir « souillé » leur « honneur » ou celui de leur famille par leur comportement « indécent ».

Mais au cours de la dernière semaine, de nouvelles attaques apparemment aléatoires au Baloutchistan (sud-ouest) suggèrent des causes et un mode opératoire bien différents.

Mardi dernier, deux hommes à moto ont vitriolé des adolescentes qui revenaient d’un marché à une quarantaine de kilomètres de la capitale provinciale Quetta.

La veille, quatre femmes, âgées de 18 à 50 ans, avaient subi le même sort à Quetta, sur un marché du quartier de Sariab. Leurs visages ont été partiellement brûlés.

« Comme le veut notre tradition, elles portaient de grands châles et se couvraient le visage, c’est cela qui les a sauvées de blessures plus importantes », confie à l’AFP Naz Bibi, mère de deux des quatre victimes.

Elle enrage contre les agresseurs, qui « ne devraient jamais traiter les femmes comme ça ». Et qui, malgré leur crime, « sont toujours en liberté », peste Mohammad Munzoor, frère d’une des femmes vitriolées.

– Soupçons politiques –

Saira, victime d'une attaque à l'acide, s'apprête à participer à un spectacle de danse organisé par une ONG venant en aide aux personnes mutilées par ces attaques, le 19 février 2010 à Islamabad  ( AFP/Archives / Behrouz Mehri  )

Saira, victime d’une attaque à l’acide, s’apprête à participer à un spectacle de danse organisé par une ONG venant en aide aux personnes mutilées par ces attaques, le 19 février 2010 à Islamabad ( AFP/Archives / Behrouz Mehri )

Reculé, désertique et frontalier de l’Afghanistan et de l’Iran, le Baloutchistan est l’une des provinces pakistanaises les plus instables, secoué par les violences islamistes et le conflit entre l’armée et des rebelles sécessionnistes.

Mais il restait bien moins touché par les agressions à l’acide que la province du Penjab (centre), leur premier foyer.

La première à avoir défrayé la chronique au Baloutchistan, en 2010, avait visé deux jeunes filles, qui avaient ensuite pris la fuite avec leur famille. Une autre avait été recensée à Kalat, un bastion indépendantiste, et deux à Quetta, où des familles ont affirmé avoir reçu des lettres menaçant de représailles si elles laissaient leurs filles aller au marché.

Puis vinrent les deux attaques de la semaine dernière, dont les victimes n’avaient pas de conflit familiaux ou relationnels en cours, selon des sources locales.

Dans le quartier de Sariab, théâtre de l’une des deux attaques à l’acide, certains suggèrent une implication de l’Ahl-e-Sunnat Wal-Jamaat (ASWJ), un groupe islamiste armé influent dans la région.

« L’ASWJ contrôle le quartier avec des dizaines d’hommes armés », note un résident à l’ombre des drapeaux du groupe sectaire qui y flottent au grand vent.

Dans un éditorial sur ces attaques, le quotidien Dawn déplore « la radicalisation » du Baloutchistan, où « une pléthore de groupes extrémistes religieux oeuvrent désormais dans l’ombre… pour priver les femmes de leurs droits ».

L’ASWJ dénonce lui des « accusations sans fondement ». « Nous condamnons ces attaques » rétorque à l’AFP le mollah Ramzan Mengal, son chef au Baloutchistan, tout en soulignant que les femmes doivent avoir une tenue décente à l’extérieur.

Aucun suspect n’a été arrêté pour ces deux attaques à l’acide, qui n’ont pas été revendiquées. « A ce stade, il est hâtif d’accuser un groupe religieux », tempère Akbar Hussain Durrani, numéro deux au ministère provincial de l’Intérieur.

Mais certains nationalistes baloutches n’en démordent pas et accusent les groupes de type ASWJ, et derrière eux l’Etat qui les manipuleraient en ce sens, de mener ces attaques à l’acide dans un but politique: décourager les femmes de s’impliquer en faveur des indépendantistes.

« Le but de ces actes inhumains est d’écarter les femmes de l’éducation, de la vie sociale, économique et politique en créant un climat de terreur », affirme Jahanzaib Jamaldini, vice-président du Parti national baloutche (PNB,indépendantiste).

Faute d’avoir livré leurs mystères, ces attaques ont installé la peur chez les femmes de la province.

Mohammad Aslam, un tailleur pour femmes de Sariab, a ainsi vu ses ventes de tissus et vêtements divisées par quatre depuis l’attaque à l’acide sur le marché. « Les femmes ont peur de sortir ou les hommes de leurs familles les en empêchent », dit-il.

« Nous craignons que ces agressions se multiplient et laissent encore moins de place aux femmes dans cette société déjà dominée par les hommes », regrette la militante des droits de l’Homme Saima Jawaid.

Deux Reportages cette semaine sur France 2 : Crimes d’horreur ! et Mariages d’enfants


Mardi 9 novembre, à 20 h 35, France 2 : Prise directe, « Face à l’injustice : des hommes et des femmes hors la loi », avec un reportage Crimes d’honneur : la loi de la famille, avec le témoignage Shamine, séquestrée pour avoir refusé un mariage forcé ou Karima, jeune marocaine, qui a créé une association pour venir en aide aux victimes.
Jeudi 11 novembre, à 20 h 35, France 2 : Envoyé spécial, Les Mariages d’enfants.
N’hésitez pas à nous faire connaître votre avis, aprés diffusion !