La Forêt Sacrée, un film de Camille SARRET


La Forêt Sacrée, Réalisatrice Camille SARRET, Une production Vivement Lundi !

La Forêt Sacrée, Réalisatrice Camille SARRET, Une production Vivement Lundi !

Réalisé par Camille Sarret, Côte d’Ivoire, 2015, 52 min

Martha Diomandé a été excisée à l’âge de 8 ans dans la « forêt sacrée ». Fille et petite-fille d’exciseuses, elle a hérité du pouvoir de ses aïeules et aurait dû naturellement reprendre le couteau. Mais elle a décidé d’en prendre le contre-pied, s’engageant dans un combat pour convaincre les femmes de son village natal de Côte d’Ivoire d’abandonner cette pratique. Un combat politique et social, mais aussi intime et familial.

En racontant l’histoire et le combat de Martha, « La Forêt sacrée » s’efforce de dépasser la vision parfois réductrice que le spectateur européen peut avoir de l’excision, pour lui permettre d’appréhender toute la complexité de cette pratique rituelle et de mieux comprendre pourquoi il est si difficile pour les communautés qui perpétuent cette tradition d’y renoncer.

Originaire de Rennes et diplômée de Sciences Po Lille et de l’École Supérieure de Journalisme de Lille en 2003, Camille Sarret a débuté dans les stations de Radio France implantées dans le Grand Ouest, avant de travailler en presse écrite, notamment pour Ouest France, La Nouvelle République du Centre Ouest, La Dépêche du Midi et le Nouvel Obs. Depuis 2009, elle collabore régulièrement à la rédaction – web et télévision – de TV5MONDE.

Camille Sarret est spécialiste des questions de genre/droits des femmes. Dans Le Monde diplomatique de janvier 2011, elle a publié un article analysant le « Renouveau du féminisme au Sud ». Dans les journaux télévisés de TV5MONDE, elle a présenté en 2011-2012 une chronique hebdomadaire sur l’actualité des femmes dans le monde et a animé le site Terriennes de TV5MONDE dédié à la condition féminine.

Elle a, par ailleurs, réalisé un documentaire radiophonique de 27 minutes sur comment les hommes vivent l’IVG, diffusé sur France Culture dans l’émission « Les Pieds sur Terre » du 6 décembre 2012.

Dans le prolongement de cette thématique féminine, La Forêt sacrée est son premier film.

Il est sélectionné par le 15ème Festival Lumières d’Afrique, à Besançon, du 7 au 15 novembre 2015.

Plus d’infos : Les films en compétition « La Forêt Sacrée »

La bande-annonce : La Forêt Sacrée

Dix ex-exciseuses s’engagent à lutter contre les mutilations sexuelles féminines #Côte d’Ivoire


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Yamoussoukro – Dix ex-exciseuses de Yamoussoukro se sont engagées, jeudi, à accompagner le ministère de la solidarité, de la famille, de la femme et de l’enfant dans la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF).

L’engagement a été pris solennellement par Mme Fatoumata Coulibaly, au nom de ses camarades, devant la ministre de la solidarité, de la famille, de la femme et de l’enfant (MSFFE), Anne Désirée Ouloto, jeudi, lors de la cérémonie de clôture du troisième congrès de la société de gynécologie et d’obstétrique de Côte d’Ivoire (SOGOCI) à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamousoukro.

Elle a indiqué que l’excision est « un héritage familial » qui s’est transformé en « métier » permettant à chaque femme exciseuse de gagner 1500 F CFA par excision. Elle a indiqué qu’après leur désengagement elles ont perdu leur statut, le respect de la communauté et tout prestige.

« Malgré cela, nous ne regrettons pas d’avoir cessé le métier d’exciseuse », a fait savoir Fatoumata Coulibaly qui a sollicité le soutien du ministère et plaidé pour la prise en charge médicale d’une dame excisée et âgée de 30 ans et qui n’a jamais voulu d’homme parce que souffrant de fortes douleurs.

Anne Désirée Ouloto a salué le courage des des dix ex-exciseuses de Yamoussoukro pour leur choix désormais aux côtés de son ministère pour préserver la santé et la vie des femmes, leur conseillant de demeurer ferme dans leur engagement pour ne pas fléchir.

Elle a répondu favorablement à la prise en charge de la jeune dame souffrant des conséquences de l’excision et promis un fonds de 300 000 FCFA à 500 000 F CFA pour accompagner chaque ex-exciseuse dans des activités génératrices de revenus.

Source : AIP – Abidjan.net

Côte d’Ivoire : une mère condamnée à un an de prison ferme pour « complicité d’excision »


Katiola (Côte d’Ivoire) – La mère d’une fillette de 4
ans a été condamnée à un an de prison pour « complicité d’excision » mercredi à Katiola, dans le nord de la Côte d’Ivoire, où les condamnations de ce genre sont rares, a constaté l’AFP.

La même peine, également assortie d’une amende de 360.000 francs CFA (550 euros), a été prononcée contre l’une de ses parentes, qui l’avait accompagnée le 11 mars pour confier la fillette à une exciseuse.

Une autre mère, dont la fillette de 5 ans a été mutilée dans le même village, a été relaxée. L’exciseuse, qui a pris la fuite, est recherchée par la police.

« C’est la sonnette d’alarme, la prochaine fois nous allons sévir », a menacé le procureur Hamed Diomandé. La peine prononcée est la plus faible prévue par l’arsenal juridique ivoirien.

« C’est la deuxième fois que nous condamnons des exciseuses. Et pourtant le phénomène continue. Malgré la sensibilisation des ONG, vous continuez d’exciser vos enfants. La prochaine fois, la peine sera plus lourde », a-t-il poursuivi.

L’excision est « une tradition », une « coutume », « on ne savait pas que c’était interdit par la loi », s’est défendue l’une des prévenues à la barre, demandant « pardon » et promettant de « ne plus jamais recommencer ».

Neuf femmes avaient été condamnées en juillet 2012 à Katiola à un an de prison pour l’excision d’une trentaine de fillettes, à l’issue du premier procès d’exciseuses dans le pays.

La pratique de l’excision perdure en Côte d’Ivoire, où elle touche environ 38% des femmes, un pourcentage stable, selon l’Unicef.

Elle est particulièrement courante au sein de certaines communautés musulmanes du nord et animistes de l’ouest (autour de 70-80% des femmes), malgré son interdiction votée en 1998 et suivie de nombreuses initiatives en faveur de son éradication.

La condamnation de mercredi constitue « un signe positif », a observé Louis Vigneault-Dubois, le porte-parole de l’Unicef en Côte d’Ivoire. « Cela montre que l’Etat se saisit de la chose, qu’il y a un retour de l’état de droit », a-t-il commenté.

Le tribunal de Bouaké (centre) avait condamné en octobre dernier un père à un an de prison pour avoir voulu marier sa fille de 11 ans à un cousin, pour le premier procès du genre dans un pays où 12% des filles sont mariées avant leurs 15 ans, selon l’Unicef.

Source : http://news.abidjan.net/h/539639.html via AFP

La belle idée d’Adeline contre l’excision – Le GAMS, dans Le Parisien du Jour


Comment convaincre des exciseuses d’arrêter de mutiler des fillettes en Afrique ? Leur proposer un métier. C’est ce que fait une jeune entrepreneuse qui promeut aujourd’hui son projet à Paris.

La belle idée d'Adeline contre l'excision
Paris (XXe), hier. Adeline Faure propose des vêtements mélangeant matières occidentales et africaines (à g., un manteau bleu canard ; à dr., une saharienne). Avec l’association de lutte contre l’excision Acza, elle va envoyer des machines à coudre en Côte d’Ivoire et apprendre un nouveau métier à des exciseuses avant — qui sait ? — d’employer certaines d’entre elles pour ses créations. (LP/Ph. Lavieille.) (DR.)

Maîtriser une machine à coudre. Couper droit un tissu. Savoir réaliser la bonne retouche. Dans le nord de la Côte d’Ivoire, elles sont des dizaines à être actuellement formées à leur nouveau métier de couturière. Une étonnante reconversion pour ces femmes qui, il y a peu de temps encore, pratiquaient.

.. l’excision. Et qui, demain, deviendront peut-être des futurs talents de la mode, sous la houlette d’Adeline Faure, à l’origine de cet incroyable projet, qui participe depuis hier à l’événement organisé à la mairie du XXe arrondissement de Paris autour de l’exposition « Excision, ma façon de dire non ! »*

Dans l’atelier lumineux de cette jeune entrepreneuse de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), les grosses bobines de fil copinent avec les stocks de tissus ensoleillés. Il y a deux ans, Adeline Faure installait là son entreprise de mode, élégant métissage de matières occidentales et africaines. C’est sur le continent noir, où elle a passé plusieurs mois une fois son BTS (spécialité tailleur) en poche, que la chef d’entreprise de 29 ans puise son inspiration pour confectionner capelines, manteaux et robes chics.

C’est là aussi qu’elle a décidé de créer une activité d’un genre nouveau, entre humanitaire et business. « L’excision est un rituel pratiqué par les femmes. C’est un métier pour elles : les exciseuses sont payées et font vivre des familles, voire des villages entiers, avec cet argent. Aller sur place et dire que c’est mal n’est pas suffisant et ne prend pas en compte cette dimension économique. Mon idée est de leur proposer une nouvelle activité, plus rémunératrice, plus valorisante pour elles, aussi », explique Adeline Faure.

Avec l’association de lutte contre l’excision Acza, elle s’apprête à envoyer en Côte d’Ivoire — où cette tradition qui consiste à mutiler une partie des organes génitaux des fillettes reste ancrée — un lot de seize machines à coudre. « La prochaine étape est de leur apprendre à réaliser et à suivre des patrons. Bref, d’en faire de vraies pros de la mode », reprend Adeline Faure, qui a déjà prévu la suite : intégrer à ses propres créations les modèles réalisés par ces anciennes exciseuses et les proposer à la vente dans son atelier malouin et sur Internet (www.entredeuxrives-afc.com). Sur ses grandes étagères, la profusion de livres lui permet de continuer à s’imprégner des codes de l’Afrique de l’Ouest, déjà bien familiers. « J’ai grandi au son des récits d’aventure de mes aïeux », confesse cette arrière-petite-fille de pasteurs missionnaires au Gabon et au Togo, dont l’un d’eux fut collaborateur du célèbre professeur Albert Schweitzer.

« On est dans une relation équilibrée. Elles m’apportent leur savoir-faire, leurs matières légères. Et moi, je leur propose une reconversion pérenne », résume l’énergique brunette, qui a eu le culot de solliciter toutes les ministres du gouvernement pour l’aider à promouvoir son projet en portant une de ses créations. Isabelle Gillette-Faye, la directrice du Gams, le Groupe d’abolition des mutilations sexuelles, s’enthousiasme : « C’est une véritable émancipation pour ces femmes. Elles ont là un nouvel outil de travail qui leur permet d’abandonner le couteau. »

* « Excision, ma façon de dire non ! », de 9 heures à 18 heures à la mairie du XX e arrondissement de Paris

Source : Article de Florence Méréo, http://www.leparisien.fr/laparisienne/societe/la-belle-idee-d-adeline-contre-l-excision-02-12-2014-4340275.php

Côte d’Ivoire: procès pour mariage précoce et forcé !


Un père sera jugé mercredi à Bouaké (centre) pour avoir marié sa fille de 11 ans, une première en Côte d’Ivoire, où les mariages précoces sont pourtant fréquents, a-t-on appris aujourd’hui de source judiciaire. Quelque 12% des Ivoiriennes sont mariées avant leur 15 ans et 36% avant l’âge de 18 ans, d’après un rapport de l’Unicef à paraître prochainement dont des extraits ont été reçus par l’AFP. « Ça été une chance pour nous. Grâce à une ONG, on a été informés de l’affaire. Habituellement, les gens refusent de dénoncer les mariages précoces », a commenté une source judiciaire, estimant que le procès mercredi « servira d’exemple ».
Cette source n’a toutefois pas communiqué les chefs d’accusation retenus contre l’accusé, un homme de 37 ans, père de deux enfants, dont l’aînée, née en 2003, a été mariée jeudi.

L’identité de son époux – qui était représenté par des proches à la cérémonie – n’étant pas connue, l’homme ne pourra être poursuivi, a indiqué une source policière. « Ce serait exceptionnel qu’il y ait une condamnation dans ce genre d’affaire. Ca peut aider beaucoup », s’est félicité un cadre de l’UNFPA, le Fonds des Nations unies pour la population, en Côte d’Ivoire, pour qui une telle décision ferait jurisprudence. L’arrestation s’est faite dans le cadre d’un dispositif mis en place par une ONG locale, Jakawili (« Solidarité » en malinké), dans les écoles du centre et du nord de la Côte d’Ivoire.

« Cette fois-ci, ça a bien marché. Le directeur de l’école nous a prévenus à temps », s’est félicité Martin Kouassi, coordonnateur des projets de Jakawili, ONG qui selon lui a empêché 7 unions précoces cette année, contre 20 en 2013. Les parents disent généralement marier leurs filles jeunes pour éviter des grossesses hors mariage, synonymes de honte pour la famille, a-t-il expliqué.
Mais « en réalité ils préfèrent les marier à de riches commerçants pour être à l’abri du besoin. C’est comme un commerce qui ne dit pas son nom », a déclaré M. Kouassi. Les mariages précoces, outre la déscolarisation systématique qu’ils engendrent pour la jeune épouse, provoquent notamment des grossesse précoce, des grossesses à répétition ainsi qu’une hausse de la mortalité maternelle.

Le lévirat – « les veuves font partie de l’héritage » #Cote d’Ivoire


Prendre pour nouvelle épouse la femme d’un frère défunt afin d’assurer la continuité du lignage. Cette pratique appelée lévirat, bien qu’en forte régression dans les villes, a toujours la peau dure en milieu rural en Côte d’Ivoire. Pire, elle a aussi contribué à la propagation du Vih/Sida dans les zones où cette pratique se déroule toujours.

Yao Aya, la quarantaine révolue, vivait dans un des nombreux campements de la localité de Sassandra avec son mari et leurs quatre enfants. Le couple exploitait une plantation de cacao qu’ils ont créée pendant les années 1990. Suite à une courte maladie, son mari décède. Le corps de Kouamé Yao est transféré à Kongossou, son village natal dans la sous-préfecture de Dimbokro pour l’enterrement. Après les funérailles, la famille se réunit, comme il est de coutume, pour désigner la personne qui aura à gérer les biens du défunt et ses enfants dont l’aîné a 12 ans et est en classe de 6ème au lycée moderne de Dimbokro.

C’est le jeune frère du défunt, Kouamé Kouakou, qui est désigné par le conseil de famille  pour veiller sur les biens de son aîné avec qui, il vivait à Sassandra. Le jeune homme vient juste d’avoir ses 30 ans ce mois de mars 2010. En plus des charges à lui confier, il accepte de prendre comme épouse la femme de son grand frère…qui pourtant l’a vu grandir. « J’ai accepté ce mariage traditionnel pour rester auprès de mes enfants afin qu’ils tirent véritablement profit des biens de leur père », indique Yao Aya. Deux ans plus tard, le cercle familial s’agrandit avec la naissance d’un nouveau bébé.

Koffi Amoin avait 26 ans quand son mari décédait en février 2010. Elle a refusé de prendre en secondes noces, le neveu de son mari qui lui a été proposé. Elle a payé très cher ce refus que sa belle famille a considéré comme un affront. Ainsi que sa propre famille. « Dans cette bataille, je n’ai même pas reçu le soutien de ma propre famille. J’ai été abandonnée par tous », explique la veuve.

En effet, Koffi Amoin, n’a bénéficié d’aucuns biens de son mari. Et pourtant, elle a aidé ce dernier à réaliser une plantation d’hévéa dans la région de Daoukro, qui justement est rentré en production depuis deux ans avant la mort de son époux.

Pis, elle a été priée de quitter la cour familiale. Ses enfants, eux, ont été donnés aux différents membres de la famille de son défunt mari. Même le dernier d’un an qui n’a pas encore été totalement sevré du lait maternel. « Quand j’ai voulu rejoindre mes parents. Notre chef de famille m’a fait comprendre très clairement que je n’étais plus la bienvenue », explique-t-elle en larmes.

Sandaogo Yamdolé, 45 ans, originaire du Burkina Faso, précisément de Koupéla dans la province du Kuritentaga, à la mort de son mari, selon la tradition, devrait prendre pour époux l’un des premiers fils de son mari, qui avait 10 ans de moins qu’elle.

Celle-ci refuse catégoriquement ce mariage qu’elle juge contre nature. Alors que ses coépouses ont accepté les leurs. En tout cas, la communauté villageoise n’a pas accepté la réponse de la femme. Face à cette situation jugée inacceptable, Sandaogo Yamdolé sera copieusement battue par ses propres parents avant de lui demander de revenir sur sa décision. La dame maintient sa position. Elle sera une fois de plus agressée physiquement et excommuniée du village.

Elle quitte alors son village natal pour Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso pour trouver refuge chez l’un de ses cousins qui enseigne dans un établissement secondaire de Ouagadougou. Celui-ci lui fait savoir qu’il a la même position que la communauté villageoise et qu’il ne peut la garder pour essuyer la foudre de celle-ci.

Il lui donne un peu d’argent pour qu’il rejoigne l’un de ses frères, planteur de cacao à Tiassalé (Côte d’Ivoire). Ainsi depuis quelques années, elle vit chez son jeune frère sans soucis. Sauf qu’une fois en Côte d’Ivoire et constamment malade, elle se rend à l’hôpital. C’est là qu’elle découvre qu’elle est séropositive.

« C’est en ce moment que j’ai compris de quoi notre mari était décédé. Si j’avais accepté d’épouser le fils à mon défunt mari, je l’aurai contaminé ainsi que ses femmes. Il en avait déjà 2 », révèle-t-elle. Avant de souligner qu’elle est sous traitement antirétroviral et attend aujourd’hui un enfant de son nouveau mari, quelqu’un de son choix.

Comment comprendre cette pratique ‘’dite rétrograde’’ consistant à marier une veuve avec un frère ou fils de son défunt mari afin d’assurer la continuité du lignage ?

Il faut se tourner du côté des sociologues pour avoir un début de compréhension. Selon les sociologues, cette pratique, souvent forcée et combinée avec la polygamie, est encore pratiquée dans certains pays africains. Le Bénin l’a interdit en même temps que la polygamie le 17 juin 2004. Elle est encore pratiquée dans plusieurs pays d’Afrique de l’ouest, dont le Burkina Faso ou le Togo. Elle existe également dans certaines communautés du Tchad.

Ce type de remariage est dénoncé comme étant une pratique rétrograde, limitant les droits des femmes. Cette politique maintient l’idée qu’« une veuve fasse partie de l’héritage ».

Certains auteurs font remarquer que la pratique du lévirat est la seule mesure de protection sociale dont bénéficient les veuves dans ces pays, et qu’il n’est pas forcément bienvenu de lutter contre cette pratique sans en remplacer l’aspect social et humanitaire.

Selon la sociologue burkinabé, chargée de recherche au Cnrst/Inss, Dr Kaboré Madeleine, les modes de transmission de l’héritage dans les sociétés qui pratiquent le lévirat peut inclure l’aspect humain en ce sens que les veuves font partie de l’héritage.

Ainsi le mariage, selon la logique coutumière, est une affaire lignagère. En effet, cette institution est l’alliance sacrée entre deux familles de lignage différent par l’intermédiaire d’un homme et d’une femme mus par des droits et des devoirs réciproques. « Ce procédé engageant deux groupes sociaux, implique tous les membres de la communauté qui, dans les normes, assurent une responsabilité collective », explique la sociologue.

Ainsi, cette stratégie d’extension du groupe familial par les divers mariages ou remariages confiés au plus ‘’vieux” de la communauté villageoise, oblige les bénéficiaires à respecter sans conditions, les exigences des coutumes en matière d’alliance.

Conséquences du refus du lévirat

Selon la coutume, la maladie qui a tué le mari est sans importance. Ce qui importe, en revanche, c’est que l’épouse soit ‘’nettoyée’’ [par le remariage] et qu’elle puisse ainsi s’intégrer facilement au reste de la communauté.

Conséquence, des femmes dont les maris sont décédés de maladies infectieuses graves, telles que le Vih/Sida vont se remarier avec d’autres personnes de la même famille. Ce qui va contribuer à prolonger la chaîne de contamination de la pandémie.

« Lors d’une consultation prénatale de mon dernier fils qui aujourd’hui a 6 ans, j’ai découvert que j’étais séropositive. Je n’ai pas informé mon mari qui est décédé juste après la naissance de notre fils. Ainsi me sachant séropositive, j’ai refusé le frère de mon mari qu’on a voulu me donner en remariage », commente Goueu Delphine, une jeune femme originaire de Danané dans l’ouest ivoirien.

Même les veuves qui sont dans un état de santé normal et qui refusent le lévirat, doivent recourir à la prostitution pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

C’est le cas d’Augustine. G, une femme nigériane de 40 ans, de l’ethnie Igbo. Elle exerce le plus vieux métier du monde à Abidjan-Adjamé. Lieu où elle s’est installée, il y a une dizaine d’années. « Mon mari était un riche homme d’affaires à Lagos au Nigeria. Il était tout pour moi. Je n’avais rien appris comme métier et je ne suis pas non plus allée à l’école. A sa mort, il m’a été demandé de prendre son cousin en remariage. Après mon refus, je me suis retrouvée à la rue avec les quatre enfants », explique Augustine G.

Aujourd’hui, c’est la prostitution qui lui permet de subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants qui sont restés avec sa mère, une sexagénaire, au pays.

Augustine G. affirme qu’elle a quitté son pays parce qu’elle ne se sentait plus en sécurité. Elle faisait l’objet de menaces de la part de certains membres de la famille de son défunt mari. On lui reprochait d’avoir porté plainte à la justice pour espérer bénéficier des biens de son mari qui lui revenaient de droit ainsi qu’à ses enfants.

« Quand vous allez en justice, la police, la magistrature et la famille du défunt et quelques fois des membres de votre propre famille sont contre vous. De sorte que vous devez rentrer chez vous, dans le même environnement. Il faut des années et beaucoup d’argent pour faire entendre sa cause devant les tribunaux », soutient-elle.

Et pourtant, nombre de pays africain où se pratique encore le lévirat, ont signé de nombreux traités internationaux protégeant les droits des femmes et des mineurs, y compris plusieurs conventions et pactes des Nations Unies (Convention relative aux droits de l’enfant, Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, Pacte international relatif aux droits civils et politiques, Convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (Cedaw), Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale) ; ainsi que la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (Center for reproductive rights 2003, 78; Omct et Cleen juin 2004, 4).

En fait, comme la pratique est en nette régression, les organisations nationales féminines de lutte contre les droits de la femme n’accordent pas une très grande priorité à la lutte contre la pratique du lévirat.

Théodore Kouadio

koudore@fratmat.info

Source : http://www.fratmat.info/focus/enquete/item/395-le-l%C3%A9virat-la-pratique-toujours-en-cours-en-milieu-rural

Quatre personnes condamnées pour pratique d’excision à Danané #Côte d’Ivoire


Danané, Deux dames et deux hommes, Doumbia Mariam, Diané Kadidiatou, Tiémoko Koné et Koné Moussa ont été condamnés jeudi par le tribunal de Danané (région de Tonkpi) à six mois de prison ferme avec une amende de 30 000 FCFA chacun, pour pratique d’excision dans le village de Zéalé.

Ces derniers ont fait exciser, le 20 février, la petite Koné Assiatou, trois ans, Madoussou Diomandé, quatre ans* et Koné Naférima, 19 ans*, par une exciseuse portant le prénom Adja, venue de la Guinée. Les mis en cause ont dit suivre la coutume en posant cet acte.

Tiémoko Koné et Koné Moussa ont été consentant pour l’excision de leurs filles tandis que Doumbia Mariam l’a fait à l’insu de son époux à qui elle devra verser la somme 300 000 FCFA pour réparation de dommages et intérêt.

Quant au chef du village de Zéalé et son secrétaire qui auraient autorisé la pratique de l’excision en 2005, ils seront entendus pour avoir reçu dans leur localité l’exciseuse Adja.

(AIP)
eb/en/cmas

* Gras, souligné par l’auteure du Post

Source http://news.abidjan.net/h/453138.html Via @bidj@n.net