En direct de Montreuil, avec notre partenaire « Marche en Corps », dimanche 24 novembre 2013


En France, la bataille contre l’excision n’est pas encore gagnée

A Montreuil, avant le départ de la marche contre l'excision.

Source : A Montreuil, avant le départ de la marche contre l’excision. RFI/Aurore Lartigue

A la veille de la Journée de lutte contre les violences faites aux femmes, l’association Marche en corps organisait, dimanche 24 novembre, de Montreuil à Paris, une marche contre l’excision. 125 millions de femmes sont concernées par l’excision dans le monde, en Afrique et au Moyen-Orient surtout. Mais selon des estimations de l’Institut national d’études démographiques (Ined), il y aurait en France 50 000 femmes ayant subi une ablation du clitoris. Et 11% de leurs filles seraient aussi touchées.

 

INTERVIEW DE KOUDEDIA KEÏTA, LA PRESIDENTE DE L’ASSOCIATION « MARCHE EN CORPS »
Vivre Ailleurs K.Keïta 23/11/13

21/11/2013

Montreuil, en banlieue parisienne : ce n’est pas un hasard si l’association Marche en corps a voulu démarrer sa marche contre l’excision dans celle que l’on surnomme « la deuxième ville malienne au monde après Bamako ». Au Mali, la plupart des femmes sont excisiées. Et les mentalités évoluent tout doucement.

Tany a été excisée, comme toutes ses sœurs, mais ses filles n’ont pas subi le même sort. Elle est venue marcher pour continuer de « sensibiliser » sa communauté. « Mes parents m’ont fait exciser au Mali, une semaine après ma naissance, comme c’est la tradition, explique cette femme qui dit avoir la chance d’être issue d’une famille d’intellectuels. Aujourd’hui, ils regrettent et ils ne le feraient plus bien sûr. Mais avant, on ne cherchait pas à comprendre, c’était la coutume et au Mali, une fille qui n’était pas excisée était considérée comme impure ».

Une pratique en recul mais…

Fatou, la vingtaine et, elle aussi, d’origine malienne, est venue représenter d’autres associations qui luttent contre l’excision : « J’ai des amies, des cousines qui l’ont subie, qui en souffrent et qui n’osent pas toujours en parler. Moi, j’ai eu de la chance, indique-t-elle. Ma mère était éduquée. Mais ses sœurs continuent de le faire et j’ai même appris que certaines de leur filles de mon âge avaient fait exciser leurs filles ! »

Dans l’Hexagone, la répression et l’action judicaire ont entraîné un net recul de l’excision chez les jeunes immigrées. En France, l’excision est un délit passible de dix ans d’emprisonnement, de 150 000 euros d’amende et d’une interdiction de territoire de cinq ans. « Le côté  » bâton  » a plus joué que le côté  » ce n’est pas bon les femmes «  », regrette quand même Florence Toutlemonde, gynécologue à Montreuil.

→ A (RE)LIRE : Conférence internationale sur l’excision à Rome à l’initiative des Nations unies

Globalement, le message est passé dans la communauté malienne de France, estime Annie Menvielle de l’association Marche en corps. « Le problème, c’est qu’au Mali, les grands-mères notamment continuent de défendre le fait que l’excision est positive pour les femmes. Donc il faut continuer le travail, car ce sont les Maliens de France qui persuadent leurs familles d’arrêter l’excision, qui leur expliquent ses conséquences graves et le fait que cette pratique est sévèrement punie en France. Mais il faudra plusieurs générations pour en finir vraiment ».

 

RFI/Aurore Lartigue

 

Retour au pays à risque et clandestinité

« Avant, se souvient le Dr Toutlemonde, souvent les femmes que je recevais dans le cadre du planning familial pour une consultation classique ne savaient pas qu’elles avaient été excisées. C’était pour elle un double drame. Aujourd’hui, c’est plus rare ». Depuis les années 1990, les campagnes de lutte contre l’excision ont aussi contribué à une prise de conscience de cette problématique.

Mais les mutilations ont lieu sous d’autres formes. « On profite, par exemple, de retours au pays lors de vacances pour les exciser, regrette la présidente de Marche en corps, Koudedia Keïta. Souvent même sans l’accord de la maman. Une tante ou une grand-mère peut faire exciser l’enfant. »

Et les excisions clandestines n’ont pas totalement disparu dans l’Hexagone, indique Frédérique Martz, qui dirige un groupe de parole à l’adresse des femmes victimes de mutilations sexuelles à l’Institut en santé génésique de Saint-Germain-en-Laye, pionnier en France dans la réparation des femmes mutilées. « On a identifié des lieux qui pratiquent l’excision, souvent liés aux milieux salafistes », explique-t-elle.

 

RFI/Aurore Lartigue

« Printemps arabes » et nouveaux cas

Autre évolution qu’a remarquée Frédérique Martz, ces dernières années : « Depuis les  » Printemps arabes « , nous avons vu apparaître les premiers cas de femmes issues de pays comme la Tunisie, où ce n’est pas une pratique traditionnelle. Mais la remontée de la mouvance salafiste a réintégré une notion religieuse qui fait que les pratiques changent ».

Pourtant à l’origine, l’excision n’est pas une affaire de religion. « Il ne faut pas faire d’amalgame entre religion et excision, insiste d’ailleurs Koudedia Keïta, présidente de l’association Marche en corps. Cette pratique est antérieure aux religions monothéistes. C’est l’ignorance qui fait que l’on continue de mutiler. Mais aucune religion n’oblige à exciser ». Et le Coran ne fait pas mention de cette pratique.

Aussi une affaire d’hommes

Koudedia Keïta insiste également sur le rôle des hommes dans cette affaire de femmes. « Ils doivent prendre position pour que le message passe mieux, dit-elle, même si ce sont les femmes qui décident de faire exciser les petites filles ».

Bouba Touré est de ceux-là. « J’ai toujours lutté contre l’excision ! », s’exclame-t-il. « Quand ma fille est née en 1979 dans un village au Mali, j’ai fait toute une guerre à la maternité pour qu’elle ne soit pas excisée ! Et cela m’a coûté quelques problèmes. Mais je suis arrivé en France avant 1968 et ce mouvement m’a ouvert les yeux sur cette question notamment ». Aujourd’hui encore, dit-il, c’est un sujet de dispute avec certains de ses amis qui vivent en France. « Il y a donc encore toute une lutte à mener dans notre communauté, martèle-t-il. Car il faut que les hommes comprennent que les femmes excisées, sont  » mortes sexuellement  » ».

►A (RE)ECOUTER : Priorité santé : Combattre l’excision

►A (RE)ECOUTER : Priorité santé : Chirurgie réparatrice de l’excision


■ L’excision en Afrique

En Afrique l’excision a cours dans 28 pays. Treize pays disposent de lois réprimant les mutilations sexuelles, selon l’Unicef.

L’ablation du clitoris reste la règle en Somalie où 98% des femmes de 15 à 49 ans ont été excisées, en Guinée (96%), à Djibouti (93%), en Egypte (93%). En Ethiopie, en Erythrée, en Sierra Leone au Soudan et au Mali donc, la grande majorité des femmes est excisée.

Dans une moindre mesure, on excise aussi au Burkina Faso, en Centrafrique, en Côte d’Ivoire, au Kenya, en Gambie ou en Guinée-Bissau.

Enfin, cette pratique concerne quelques minorités ethniques au Bénin, au Cameroun, au Ghana, au Niger, en Ouganda, au Togo, en Tanzanie, en RDC et au Nigeria. Dans ces pays, la proportion de femmes excisées est inférieure à 25%.

 

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